Cris de conscience de l'Algérie et recueil de divers pièces sur l'Algérie
Rozy A. G.
Dans Cris de conscience de l’Algérie (Alger, 1840), A. G. Rozey propose un plaidoyer argumenté contre l’abandon de la conquête française en Algérie et, plus largement, une réflexion sur les conditions politiques, morales et pratiques de la colonisation naissante. Dès l’Avant-propos, rédigé en février 1840, l’auteur explique que la rapidité des événements l’a conduit à publier des faits et des réflexions destinés aux Chambres législatives.
Rozey se présente comme un colon installé en Algérie depuis 1832, écrivant non par ambition littéraire mais par nécessité morale et matérielle. Il décrit un contexte d’incertitude politique, d’attaques contre la colonisation et de débats opposant partisans de l’abandon et partisans du maintien. Il estime que toutes les opinions sur Alger se résument à deux positions : l’abandon total ou la conservation en colonisant. Il juge l’abandon impossible, dangereux pour l’honneur de la France et préjudiciable à ses intérêts stratégiques, économiques et familiaux.
L’auteur conteste l’idée qu’Alger puisse être restituée légitimement à ses anciens maîtres (Turcs, Maures ou Arabes) et redoute qu’un retrait français ne profite à une autre puissance, notamment l’Angleterre. Il réfute également les arguments selon lesquels la colonie serait une charge insurmontable, affirmant au contraire qu’elle peut devenir viable si l’État agit avec constance.
Rozey dénonce ce qu’il considère comme l’incohérence et l’instabilité de la politique française : décisions contradictoires, hésitations gouvernementales, et insuffisance des moyens accordés aux autorités locales. Il illustre ses critiques par des exemples concrets tirés de l’administration militaire et de la logistique (approvisionnement en vivres, réquisitions, difficultés rencontrées par les troupes).
Enfin, il soutient que la persévérance française est indispensable face à un adversaire qu’il juge « inférieur en nombre », et que renoncer serait à la fois une défaite symbolique et stratégique. L’ouvrage se présente ainsi comme une défense vigoureuse de la colonisation, mêlant arguments politiques, considérations morales et observations pratiques issues de l’expérience de l’auteur.
