Accéder au contenu principal

Search Mobile


© All rights reserved. Powered by YOOtheme.

A travers l'Algérie

Reuss Louis-Jean-Max (Dr)
publié en 1884

Dans À travers l’Algérie (1884), le Dr Louis-Jean-Max Reuss propose à la fois une description scientifique du territoire algérien et un récit de voyage détaillé, mêlant observation géographique, ethnographique, administrative et pittoresque.

La première partie dresse un tableau systématique de l’Algérie : situation entre Méditerranée et Sahara, structure en trois grandes régions (le Tell, les Hauts-Plateaux et le Sahara), rôle structurant de l’Atlas, richesse hydrologique du Tell (Chelif, Rummel, Seybouse, etc.), steppes salées des Hauts-Plateaux (chotts et sebkhas) et nature réelle du Sahara, présenté non comme une mer de sable uniforme mais comme un ensemble varié de plateaux pierreux, dunes mobiles et oasis conditionnées par l’eau souterraine. Le climat est jugé globalement sain, doux sur le littoral, plus contrasté sur les plateaux, avec des variations brusques de température.

Sur le plan historique et ethnographique, Reuss rappelle les successives dominations (phénicienne, romaine, vandale, arabe, puis turque), puis décrit les principales composantes de la population : Arabes (nomades ou citadins/Maures), Kabyles (Berbères des montagnes), Kouloughlis (métis turcs), anciens esclaves noirs, Juifs des villes, et une population européenne croissante (Français, Espagnols, Italiens, Maltais). Il analyse l’organisation tribale arabe, les différentes formes de noblesse (chérifienne, militaire, maraboutique), les mœurs, l’hospitalité, mais aussi ce qu’il perçoit comme des défauts (avarice, paresse, duplicité). Il décrit longuement le mode de vie sous la tente, l’importance du cheval et la condition subalterne des femmes.

Une large place est ensuite consacrée à l’administration coloniale : gouverneur civil, division en trois départements, coexistence des territoires civil et militaire, communes de plein exercice, communes mixtes et indigènes, justice française et justice du cadi pour le statut personnel musulman.

La seconde partie, plus narrative, suit l’itinéraire de l’auteur dans la province de Constantine, depuis Bône (Hippone) jusqu’à Constantine. Il décrit le port, la ville mêlant architecture européenne et arabe, puis la route vers l’intérieur : lac Fetzara, caravansérails (Aïn-Mokhra), villages coloniaux (Jemmapes, Saint-Charles), paysages agricoles et miniers (Mokta-el-Hadid). Le trajet ferroviaire vers Constantine est présenté comme un parcours spectaculaire à travers gorges, tunnels et vallées.

Constantine est enfin peinte comme une « ville-nid d’aigle » bâtie sur un rocher cerné par le Rummel, avec ses ponts, ses cascades, sa Kasbah et ses quartiers arabes. Reuss rappelle brièvement les deux sièges de 1836-1837 et insiste sur le caractère oriental préservé de la ville.

L’ouvrage apparaît ainsi comme un mélange de traité descriptif, de guide de voyage et de témoignage colonial sur l’Algérie de la fin du XIXe siècle.