Accéder au contenu principal

Search Mobile


© All rights reserved. Powered by YOOtheme.

Abdallah-Ben-Salem. La prise d'Alger

Trumelet C (colonel)
publié en 1901

Abdallah-ben-Salem. La prise d’Alger (par le capitaine Ch. R. **) est un récit dialogué et dramatique qui met en scène, à travers le regard d’un jeune Kabyle (Abdallah-ben-Salem), les journées précédant et accompagnant la prise d’Alger par l’expédition française de 1830. Le texte mêle observation historique, fiction morale et réflexion religieuse.

L’ouvrage s’ouvre sur une scène d’entretien entre Abdallah, encore enfant, et le missionnaire français le Père André. Le prêtre cherche à gagner sa confiance et à le détourner de la violence ; l’enfant, lui, est partagé entre fascination et méfiance envers les chrétiens. À travers ce dialogue, l’auteur introduit plusieurs thèmes : la tension entre islam et christianisme, l’incompréhension mutuelle, et la présence ancienne de la France dans la régence d’Alger (consuls, commerce, captifs, traités rompus).

Une large partie du récit décrit ensuite l’attente fiévreuse dans la ville à l’annonce de l’arrivée de la flotte française. Depuis la Kasbah et le port, Abdallah observe : agitation des janissaires, inquiétude du peuple, prières, rumeurs de trahison, et exaltation religieuse. Le personnage de Bacri, notable juif d’Alger, apparaît comme intermédiaire entre autorités turques et Européens, suscitant la méfiance des musulmans.

L’auteur met en scène le moment spectaculaire où les navires français entrent en rade : salves de canon, tumulte populaire, cris de haine contre les « roumis », mais aussi admiration mêlée de crainte devant la puissance militaire européenne. La foule se précipite vers les remparts et la Casbah ; Abdallah et le Père André se retrouvent pris dans cette cohue, protégés par un petit groupe de janissaires.

Le texte élargit ensuite la perspective en évoquant le Hussein-Dey, présenté comme inquiet, soupçonneux et divisé entre défiance et calcul politique. Les discussions avec les consuls étrangers (notamment anglais) révèlent ses hésitations, sa crainte d’une intervention massive et sa méfiance vis-à-vis des prophéties populaires annonçant sa chute.

Parallèlement, l’auteur insère des épisodes plus pittoresques (mort d’une jument favorite du dey, rumeurs, signes perçus comme des présages), qui traduisent le climat de superstition et d’angoisse régnant dans la ville.

Dans l’ensemble, le livre ne se limite pas à raconter un événement militaire : il cherche à faire sentir, à hauteur d’enfant, le choc de la conquête, la peur des habitants, la violence latente des deux camps et l’effondrement d’un ordre politique. La prise d’Alger apparaît moins comme une simple victoire française que comme une rupture brutale pour la société algéroise, observée depuis l’intérieur par le regard d’Abdallah.