Abd-el-Kader au château d'Amboise
Dupuch Antoine Adolphe (ancien évêque d'Alger)
Dans Abd-el-Kader au château d’Amboise (1849), Mgr Antoine-Adolphe Dupuch, ancien évêque d’Alger, entreprend une défense méthodique et morale de l’émir Abd-el-Kader, alors détenu au château d’Amboise, afin d’influencer l’opinion française et préparer son élargissement. L’ouvrage, dédié à Louis-Napoléon Bonaparte, combine témoignage personnel, plaidoyer politique et méditation religieuse.
Dupuch affirme d’emblée son intention : rétablir « la vérité » sur Abd-el-Kader, qu’il estime injustement méconnu et calomnié. Le livre est structuré autour de trois axes principaux. D’abord, la question de la parole de l’émir : en examinant les principaux traités (Des Michels, Tafna, capitulation de la Moulouya), Dupuch soutient qu’Abd-el-Kader n’a pas été le premier à rompre et qu’il a toujours respecté ses engagements lorsqu’il en avait la possibilité. Il multiplie les exemples concrets de loyauté (paiement intégral d’ouvriers français, protection lors d’échanges de prisonniers) pour conclure que sa promesse de ne plus reprendre les armes serait fiable.
Ensuite, Dupuch retrace la formation et l’itinéraire d’Abd-el-Kader : éducation religieuse auprès de son père marabout Mahi-Eddin, pèlerinage à La Mecque, études au Caire, puis contexte d’anarchie après 1830 qui conduit les tribus à le proclamer émir. Il présente la guerre contre la France comme une lutte défensive pour la foi, le pays et le foyer, et insiste sur l’admiration que lui portaient même ses adversaires français.
Troisième axe : la captivité à Amboise. Dupuch décrit une vie de prière, d’austérité et de résignation, qu’il juge édifiante. Il souligne l’influence « civilisatrice » du séjour en France (découverte de la puissance matérielle française, lecture de la Bible, dialogue avec le clergé) et réfute l’idée d’un fanatisme musulman. Il insiste aussi sur la manière humaine dont Abd-el-Kader traitait ses prisonniers, rappelant qu’il avait interdit les mutilations et encouragé la capture vivante plutôt que le massacre.
En filigrane, Dupuch avance une thèse politique : maintenir Abd-el-Kader en captivité serait dangereux pour la confiance des Arabes et inutile pour la sécurité française ; au contraire, sa libération, assortie d’une promesse solennelle, favoriserait la pacification et le développement de l’Algérie. L’ouvrage apparaît ainsi comme un plaidoyer chrétien, humanitaire et politique en faveur d’un « vaincu noble » présenté comme sincère, loyal et profondément religieux.
