Abd-el-Kader. Quelques documents nouveaux
d'Aire Marie
Abd-el-Kader. Quelques documents nouveaux (Amiens, 1900) est un recueil hétérogène de souvenirs, de pièces originales et de récits militaires visant à éclairer la personnalité d’Abd-el-Kader et la conduite de la guerre d’Algérie sous la monarchie de Juillet, à partir de sources françaises souvent admiratives.
Le volume s’ouvre par une note de Marie d’Aire (née Boissonnet) expliquant son projet : publier des fragments de souvenirs montrant comment l’hostilité initiale d’Abd-el-Kader envers les chrétiens s’est progressivement atténuée à leur contact.
Une première section rassemble des appréciations contemporaines (notamment de Camille Rousset) sur le jeune émir en 1832 : qualités physiques et morales, éloquence, capacité à unir les tribus, puis organisation rapide d’un véritable gouvernement à Mascara (kalifas, agas, kaïds, justice, fiscalité). Le texte décrit aussi le contexte d’anarchie après 1830 et les premières sommations adressées au général Boyer.
De longs développements sont consacrés à la création du Bureau arabe (1833) et à l’action du capitaine Lamoricière : rôle d’intermédiaire avec les tribus, gestion des « fonds secrets », connaissance de la propriété indigène, expéditions contre des villages « turbulents », razzias, et vision paternaliste d’une « civilisation » des Arabes. L’auteur insiste sur la piété des soldats (zouaves) et leur courage, mêlant récit militaire et ton édifiant.
Le recueil publie ensuite plusieurs documents inédits d’Abd-el-Kader :
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une lettre autographe au général Desmichels (15 février 1834) acceptant la paix et promettant de respecter le traité ;
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une lettre (1839) adressée à la reine Amélie, où l’émir implore des grâces pour deux condamnés et affirme ses dispositions pacifiques.
Une large part du livre est ensuite consacrée aux campagnes de 1841-1843 sous Bugeaud : razzias, destructions (notamment la zaouïa natale de l’émir), combats, échanges de prisonniers négociés par Mgr Dupuch, et rivalités stratégiques entre Bugeaud et Abd-el-Kader.
Le cœur du récit est la prise de la Smala (16 mai 1843) par le duc d’Aumale : marche forcée, décision audacieuse d’attaquer sans attendre l’infanterie, déroute de la smala, milliers de prisonniers et capture d’un immense butin. Le livre reproduit le rapport du duc d’Aumale et la lettre de félicitations de Bugeaud, puis décrit les conséquences morales et politiques de ce coup.
Dans l’ensemble, l’ouvrage juxtapose documents, témoignages et narration militaire pour construire une image d’Abd-el-Kader à la fois ennemi redoutable, chef politique habile et adversaire finalement « loyal », tout en exaltant l’action de l’armée française et de figures comme Lamoricière, Bugeaud et le duc d’Aumale.
