Histoire de l'insurrection des Oulad-Sidi-Ech-Chikh (sud algérien) de 1864 à 1880
Trumelet C (colonel)
Rédigé au lendemain de la défaite de 1870, l’ouvrage d’Auguste Warnier présente l’Algérie comme une solution structurée aux conséquences sociales et économiques de la guerre franco-prussienne. Partant du constat que des centaines de milliers de petits propriétaires, fermiers, métayers et artisans français ont été ruinés par l’invasion, Warnier soutient que l’émigration vers l’Algérie constitue à la fois un secours humanitaire et un instrument de relèvement national.
L’auteur défend l’idée que l’Algérie dispose de l’espace et des ressources nécessaires pour accueillir massivement des colons français : le Tell (20 millions d'hectares) est jugé largement cultivable, tandis que les steppes et le Sahara sont réservés à des usages plus limités. Il estime qu’environ 135 000 personnes pourraient être installées rapidement, permettant de « doubler » la population française de la colonie.
Le projet repose sur la création de nouveaux villages agricoles composés de lots de taille modérée (environ 10 hectares), que Warnier considère plus efficaces que de vastes concessions mal exploitées. Il prévoit l’installation parallèle de familles « industrielles » (artisans et commerçants) nécessaires à la vie économique locale. L’acquisition des terres devrait combiner domaines de l’État et expropriations ciblées, y compris de propriétés européennes sous-exploitées, au nom de l’utilité publique.
Sur le plan financier, Warnier plaide pour un effort partagé : participation du budget algérien, emprunts, concours des départements métropolitains et contribution des futurs colons via des rentes. Il justifie ces dépenses comme un investissement rentable, comparant le coût d’installation aux bénéfices fiscaux tirés des colonies de 1848.
Politiquement, le texte célèbre la fin du régime militaire en Algérie et l’avènement du régime civil, présenté comme une condition de réussite de la colonisation. Warnier insiste aussi sur la pacification des relations avec les populations indigènes, qu’il juge désormais favorables ou du moins non hostiles.
Enfin, l’ouvrage articule une vision idéologique : la colonisation algérienne est décrite comme une œuvre à la fois patriotique, républicaine et civilisatrice, destinée à renforcer durablement la puissance française en Méditerranée.
