Alger naguère et maintenant
Desprez Charles
L’ouvrage est à la fois un récit personnel, une chronique urbaine et une méditation critique sur la transformation d’Alger depuis la conquête de 1830. Écrit par un artiste installé dans la colonie, le livre oppose constamment « naguère » (l’Alger indigène, pittoresque et organique) et « maintenant » (l’Alger colonial, modernisé mais dénaturé).
Desprez commence par évoquer son arrivée en Algérie, la traversée maritime et le choc sensible des paysages, du climat et des couleurs, inscrivant son expérience dans le mouvement romantique qui a fait de l’Orient une source d’inspiration pour les écrivains et les peintres.
Le cœur du livre est une description minutieuse de la ville : rues de la Casbah, rampe de la Pêcherie, porte Bab-Azoun, jardins (notamment le jardin Marengo), chemins des aqueducs, faubourgs (Mustapha, El-Biar, Kouba, le Sahel). Il restitue les scènes de marchés, les métiers, les cafés maures, les costumes et la sociabilité urbaine, en mêlant observation ethnographique et souvenirs personnels.
Parallèlement, Desprez développe une critique appuyée de l’urbanisme colonial. Il dénonce la destruction des maisons mauresques, des passages voûtés et des rues tortueuses au profit de boulevards rectilignes, de casernes et d’immeubles massifs. Le boulevard de la Marine symbolise à ses yeux une modernisation brutale qui appauvrit l’esthétique et la mémoire de la ville.
Il s’inquiète aussi des défrichements et transformations du paysage (Sahel, Mustapha, Couba), jugés nuisibles aux sources et au climat, et plaide implicitement pour une colonisation plus respectueuse des milieux naturels.
Enfin, le livre est traversé par une tension constante : admiration pour la lumière, le ciel et le « charme » d’Alger, mais nostalgie d’un monde indigène en train de disparaître sous l’effet du progrès administratif, militaire et spéculatif.
Noter que page 231 du pdf (page 212 du livre), Charles Desprez emploie le mot "nostalgérie" pour parler de sa visite au salon des peintres de Paris, devant le tableau: "Spectre solaire" de Paul Delamain, qu'il qualifie de "petit peintre amateur". Paul Delamain est considéré aujourd'hui comme le peintre orientaliste le plus influent de son époque.
