Alger. Tableau du royaume de la ville d'Alger et de ses environs
Renaudot Théodore
L’ouvrage de Théodore Remaudot, publié en 1830 au moment même de l’expédition française, se présente comme un vaste tableau historique, politique, militaire et ethnographique de la Régence d’Alger. Il vise à informer le public français sur le pays conquis tout en replaçant la prise d’Alger dans une longue continuité historique de confrontations entre l’Europe chrétienne et les États barbaresques.
L’introduction propose un coup d’œil historique sur les expéditions d’Alger depuis Charles Quint. Remaudot rappelle les grandes tentatives européennes contre la régence : l’expédition de 1541 de Charles Quint, le rôle central de Barberousse et de Khayr al-Din, puis l’ascension des deys d’Alger, présentés comme des chefs corsaires vivant du butin et de la guerre de course. Cette histoire est structurée autour de la figure de la piraterie barbaresque, décrite comme une menace permanente pour le commerce méditerranéen et la chrétienté.
Une large partie du texte est consacrée à la préparation et au déroulement de l’expédition de 1830. Remaudot décrit minutieusement l’armement de la flotte française, le rassemblement des troupes, la traversée, les tempêtes, le débarquement à Sidi-Ferruch, puis la progression vers Alger. Il insiste sur les difficultés logistiques, les conditions climatiques, les combats contre les forces du dey Hussein, et la résistance des troupes algériennes, qu’il présente comme courageuses mais mal organisées face à la supériorité française.
Le récit militaire alterne avec des tableaux plus généraux sur la ville d’Alger et son territoire : situation géographique, port, fortifications, batteries côtières, organisation du pouvoir (dey, divan, milices), ainsi que les ressources du pays. Remaudot décrit également les mœurs, costumes et usages des habitants (Turcs, Maures, Arabes, Juifs, Koulouglis), dans un registre typique de l’orientalisme du début du XIXᵉ siècle.
L’ouvrage adopte une perspective nettement apologétique : l’expédition est justifiée comme une nécessité politique et morale pour mettre fin à la piraterie, protéger le commerce et restaurer l’honneur français après l’affaire du « coup d’éventail ». La conquête est présentée comme légitime, civilisatrice et bénéfique, tant pour l’Europe que, selon l’auteur, pour les populations locales.
En conclusion, le livre articule une vision globale de l’Algérie à la veille de la colonisation : un État corsaire déclinant, militairement affaibli, dont la chute face à la France s’inscrit dans une longue histoire de rivalités méditerranéennes et annonce une ère nouvelle sous domination européenne.
