Algérie au XVIIIème siècle
Venture de Paradis
Les Notes sur Alger de Venture de Paradis (rédigées vers 1788-1789) constituent une description précise, factuelle et systématique de la ville d’Alger et de son district à la fin de la Régence ottomane. Le texte, fragmentaire mais extrêmement documenté, articule géographie, institutions, société, armée et économie.
L’auteur commence par la situation et l’urbanisme d’Alger : ville bâtie en amphithéâtre face à la mer, rues très étroites, maisons organisées autour de cours intérieures avec galeries, terrasses et patios. Le port, artificiel, est décrit dans ses détails techniques (môles, passes, profondeur, dangers du ressac), ainsi que la rade et les risques sanitaires liés aux exhalaisons de l’Harrach et de la Mitidja. Le Château de l’Empereur est analysé comme une fortification mal conçue.
La population est évaluée à environ 50 000 habitants, répartis entre Maures, Turcs, Couloglis, Juifs, esclaves et diverses communautés (Mozabites, Biskris, Kabyles, gens de Djidjelli). Paradis insiste sur les tensions entre Turcs, Couloglis et populations locales, ainsi que sur la pluralité juridique et religieuse.
Le cœur du texte porte sur les institutions et l’administration : rôle du dey, du divan, du khrasnagi (trésorier), du caïd (police), du cadi et des muftis (justice), ainsi que l’organisation des six caïderies du district d’Alger (Sebaou, Mehedia, Miliana, Beni Djaad, Blida, Boufarik). Les mécanismes fiscaux (tributs, fermes, garama) et la gestion des domaines du beylik sont minutieusement décrits.
Sur le plan militaire, Paradis détaille la milice (janissaires, sipahis), la hiérarchie des officiers (aga, kiaya, bulukbachi, chaouchs), la discipline, les privilèges et les pratiques de patrouille. Il décrit aussi la flotte corsaire (chebecs, chaloupes canonnières) et l’armement du port.
Une large place est accordée à l’économie et au commerce : agriculture (Mitidja, céréales, olivier, tabac, riz, lin), élevage, métairies (haouch), artisanat urbain (chachias, rubans, maroquins, tapis, haïks, bernous), et grands circuits d’exportation (blé, orge, laine, cire, cuirs, sel). Paradis fournit des prix, des mesures, des volumes d’échanges et le rôle de la Compagnie d’Afrique. Il analyse aussi les douanes, les monopoles du beylik et la contrebande.
Enfin, le texte offre un tableau de la vie matérielle et quotidienne : alimentation (kheliâa, cadid, kaurma), coût de la vie, salaire des soldats, marchés, pratiques vestimentaires et hiérarchies sociales. L’ensemble compose une radiographie complète et concrète d’Alger à la veille de la conquête française, fondée sur l’observation directe et le relevé systématique des faits.
