Alger sous la domination française
Pichon (Mr le baron)
L’ouvrage de Pichon, ancien intendant civil d’Alger, est à la fois un témoignage administratif, une défense personnelle et une réflexion programmatique sur les débuts de la domination française (1830-1832). Il ne s’agit ni d’un récit militaire ni d’une simple description de la colonie, mais d’une analyse critique du gouvernement d’Alger après la conquête, centrée sur les conflits entre pouvoir militaire et pouvoir civil.
Le livre s’ouvre sur l’occupation d’Alger (4 juillet 1830) et juge sévèrement la conduite initiale de l’armée française, accusée d’avoir administré la ville comme un territoire à exploiter ou à évacuer, plutôt qu’à conserver durablement. Pichon estime que cette attitude a affaibli l’autorité française et nourri l’hostilité des populations.
Un thème structurant est l’opposition entre deux systèmes de gouvernement :
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un système essentiellement militaire, centralisé autour du commandant en chef ;
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un système civil, fondé sur l’ordonnance du 1er décembre 1831, qui confie à l’intendant (Pichon) l’administration, les finances et la justice indigène. Le retour partiel au système militaire en mai 1832 est présenté comme une régression.
Pichon décrit en détail les conflits de compétence avec le duc de Rovigo (commandant en chef) : empiétements sur l’administration civile, travaux des routes, contribution forcée de laine pour l’armée, arrestation arbitraire du juge Collombon, police et maintien de l’ordre. Il défend sa propre conduite comme modérée et légaliste, et réfute les accusations d’« anti-colonisme ».
Une large place est accordée à l’organisation administrative et judiciaire mise en place sous l’Intendance : maintien de juridictions indigènes (cadi maure pour les musulmans, tribunal rabbinique pour les israélites), création de procédures de recours, réglementation des séquestres sur les biens turcs et les biens de mainmorte (mosquées, fondations pieuses), et tentative de concilier autorité française et usages locaux.
Sur le plan politique, Pichon soutient qu’on ne peut gouverner durablement l’Algérie qu’en s’appuyant sur des intermédiaires musulmans, et non par la force brute. Il plaide pour une administration ferme mais respectueuse des institutions locales, condition, selon lui, de la stabilité et de la colonisation future.
Enfin, le livre esquisse une vision de l’avenir d’Alger : une grande place d’armes et un centre administratif où la domination française ne pourra se maintenir que par un équilibre entre puissance militaire, légalité civile et politique indigène.
