Alger
Guiauchain G.
Dans cet ouvrage, Guiauchain se donne pour objectif de sauver de l’oubli la transformation d’Alger depuis la fin de la domination turque jusqu’au début du XXᵉ siècle. Le livre est à la fois une histoire urbaine, une description patrimoniale et un plaidoyer implicite pour la mémoire du « Vieil Alger ».
L’avant-propos pose une image fondatrice : l’« Alger des Turcs », comparée à un burnous blanc étalé dans la verdure — la Casbah en étant le capuchon et l’enceinte le bas plongeant dans la mer. Cette métaphore sert à montrer que ce « burnous » est désormais « taché et déchiré » par la modernisation française. L’auteur annonce qu’il va retracer l’histoire de ces « taches et déchirures », c’est-à-dire les transformations successives de la ville.
Le livre s’ouvre par un résumé très bref de la période turque, présenté comme celle d’un État « barbaresque » dont la civilisation moderne française est venue se substituer. Alger (El-Djezaïr/El-Bahdja) est décrite comme une ville harmonieuse, organique et adaptée à son site avant 1830.
La partie centrale analyse ensuite, de manière chronologique, les altérations et destructions subies par Alger depuis 1830 : percées de rues, démolitions de remparts, disparition de maisons mauresques, transformation des places et du front de mer, et remplacement progressif du tissu urbain indigène par un urbanisme européen jugé plus rectiligne mais moins pittoresque. Guiauchain insiste sur le caractère irréversible de ces changements.
Un long développement est consacré à la maison mauresque : organisation autour du patio, distribution des pièces, importance des galeries, du décor (zelliges, stucs, boiseries), et logique climatique de l’architecture. L’auteur en fait un modèle cohérent menacé par l’européanisation.
Il passe ensuite en revue les industries indigènes (artisanat, métiers, objets du quotidien), montrant comment certaines pratiques ont décliné ou se sont adaptées sous l’effet de l’économie coloniale et du goût européen.
Enfin, Guiauchain évoque la campagne d’Alger (Sahel, jardins, vergers), qu’il présente comme autrefois « ravissante » mais profondément transformée par la colonisation, l’urbanisation et les nouveaux modes d’exploitation.
L’ensemble compose une histoire sensible de la métamorphose d’Alger : ni simple nostalgie, ni apologie de la colonisation, mais une tentative documentée pour comprendre ce qui a été perdu, modifié et reconstruit dans le passage d’« Alger turque » à « Alger française ».
