Alger. Esquisse topographique et historique du royaume et de la ville
Perrot A. M.
Rédigée à la veille de l’expédition française, l’Esquisse de Perrot est un tableau systématique du royaume et de la ville d’Alger, combinant géographie physique, description des ressources, et caractérisation des populations, dans une perspective à la fois savante et utilitaire.
L’ouvrage s’ouvre par la délimitation du territoire : la Régence, tributaire de la Turquie, s’étend le long du littoral méditerranéen, bornée au nord par la mer, à l’ouest par le Maroc, au sud par le Sahara et à l’est par Tunis. Perrot en précise les coordonnées, l’étendue approximative (environ 150 lieues d’est en ouest) et les grands cadres naturels.
La partie géographique décrit le climat (tempéré sur la côte, plus contrasté à l’intérieur), puis la constitution physique du pays : chaînes de l’Atlas tellien et saharien (Djurjura, Amour, Ouarsenis), plateaux, vallées, ravins et gorges. L’auteur détaille les principaux cours d’eau (Chélif, Sebaou, Oued-Djedi, Mzab) et souligne le rôle des montagnes comme « châteaux d’eau » conditionnant la fertilité des plaines.
Perrot analyse ensuite le littoral (caps, golfes, rades, ports), jugé souvent dangereux mais riche en ressources marines (corail notamment). Il consacre un développement au sol : généralement léger et sablonneux, mais très fertile lorsqu’il est arrosé, capable de « récompenser libéralement » le travail agricole.
La section sur les productions passe en revue les cultures : céréales (blé, orge, maïs), riz dans les terrains inondés, dattiers, olivier, vigne, figuier, agrumes, safran, mûrier, canne à sucre, ainsi que de nombreux légumes et fruits. Il décrit également les forêts (chêne vert, thuya, pistachier, lentisque, cèdre sur les hauteurs) et la végétation des plateaux (asphodèles, lavandes, euphorbes, cactus).
L’auteur traite ensuite des animaux : chameau (indispensable au déplacement), bétail jugé médiocre, chèvres et moutons nombreux, chevaux réputés, ainsi que faune sauvage et oiseaux.
Enfin, Perrot dresse un tableau très marqué par les catégories de son temps des habitants de la Régence : Maures des villes, Arabes des plaines (nomades ou semi-nomades), et Berbères/Kabyles des montagnes. Il évoque leurs habitats (tentes chez les Arabes), leurs traits physiques, leurs mœurs, leurs hiérarchies et leurs rapports au pouvoir.
L’ensemble vise à fournir une cartographie complète et ordonnée du pays — naturelle, économique et humaine — qui prépare implicitement le regard stratégique et administratif de la conquête imminente de 1830.
