Algeria in 1871 (ouvrage en anglais)
Herbert (lady Herbert)
L’ouvrage est à la fois un récit de voyage, une enquête morale et une réflexion informée sur l’Algérie française au lendemain de la guerre de 1870. Lady Herbert écrit à la première personne : son itinéraire structure le livre, mais ses observations débouchent constamment sur des analyses plus générales de la société, de la colonisation et du gouvernement français.
Elle décrit d’abord son arrivée et ses déplacements (Oran, Tlemcen, Miliana, Blida, Alger, Constantine, Guelma, Biskra, Hammam-Meskhroutin). Les paysages — plaines de la Mitidja, gorges de la Chiffa, Kabylie, hauts plateaux, oasis du Sud — sont rendus avec précision sensible : climat contrasté, lumière, végétation méditerranéenne, ravins, sources thermales et sites de pèlerinage (koubbas).
Parallèlement, le livre est un tableau ethnographique vivant. Lady Herbert observe les marchés, cafés maures, mariages juifs, artisanats (poteries, broderies, bijoux), costumes, rites religieux, et la vie quotidienne des villes et des douars. Elle distingue soigneusement Arabes, Kabyles, Maures des villes, Koulouglis, Juifs et Beni-Mozabites, qu’elle décrit comme une secte singulière, réputée pour son honnêteté commerciale et la gestion des bains publics. Elle insiste sur le rôle central des marabouts dans la société musulmane.
Un volet important concerne l’administration française. Elle analyse le système des provinces, cercles et tribus, le rôle des kaïds, aghas et cadis, et surtout le Bureau arabe, qu’elle juge indispensable comme intermédiaire entre Français et indigènes, tout en reconnaissant ses abus possibles. Elle décrit les impôts (aachour, zakkat, lezma), les amendes collectives (khitia) et les difficultés financières de la colonie.
Sur le plan politique, Lady Herbert estime qu’une forte présence militaire (environ 100 000 hommes) est, selon elle et selon ses interlocuteurs français, nécessaire pour maintenir la paix face aux Kabyles et aux influences venues du Maroc et de Tunis. Elle évoque aussi la conquête progressive (jusqu’en 1857) et l’héritage de l’émir Abd el-Kader.
La partie la plus critique porte sur la colonisation : la France sait faire des routes et bâtir des villes, mais manque de vrais colons agricoles, de capitaux et de sécurité durable. L’Algérie, trop souvent vue comme un lieu de relégation pour aventuriers ou déportés politiques, souffre d’une spéculation immobilière, de taxes portuaires lourdes et d’une main-d’œuvre insuffisante. Les Européens présents sont surtout Italiens, Espagnols, Maltais et Mahonais.
Enfin, le livre conclut sur une vision nuancée : l’Algérie possède des richesses naturelles majeures (littoral, ports, sols, climat, minerais), mais leur mise en valeur reste incomplète faute de colonisation agricole stable et d’un équilibre durable entre autorité militaire, administration civile et respect des sociétés indigènes.
