L'Algérie et les colonies françaises
DEVAL Jules
L’ouvrage de Jules Duval, précédé d’une Notice biographique (E. Levasseur) et d’une Préface (E. Laboulaye), est à la fois un plaidoyer pour la colonisation française et une analyse économique, politique et géographique de l’Algérie et des autres colonies.
La Notice présente Duval comme un publiciste, économiste et géographe engagé, marqué par le fouriérisme (idée d’association du capital, du travail et du talent), mais devenu progressivement un économiste libéral. Ancien colon dans la plaine du Sig, journaliste à L’Écho d’Oran puis au Journal des Débats, fondateur de L’Économiste français, il défend toute sa vie une colonisation « utile », appuyée sur le travail, l’infrastructure et la connaissance scientifique du territoire. Il milite pour l’alliance de la géographie et de l’économie politique et conçoit la colonisation comme un moyen de « prise de possession pacifique du globe » par l’humanité.
La Première Partie dresse un Tableau de la situation de l’Algérie après la reddition d’Abd el-Kader (1847). Duval décrit une colonie pacifiée, sécurisée et en voie de transformation économique : recul des combats, développement agricole, sédentarisation progressive des populations arabes, multiplication des constructions indigènes, essor du commerce et forte croissance de la population européenne. Il insiste sur l’effet structurant des travaux publics (routes, ports, et surtout chemins de fer), sur la mise en valeur des terres, l’aliénation des domaines, le crédit foncier et l’exploitation des ressources (mines, coton, céréales, primeurs). L’Exposition universelle de 1855 est présentée comme la preuve tangible du dynamisme algérien.
Duval défend aussi une politique coloniale réformiste : libre-échange entre l’Algérie et la métropole (contre le régime douanier), décentralisation administrative, sécurisation de la propriété, et plus de libertés politiques pour les colons. Il critique le projet impérial d’un « royaume arabe » trop autonome et plaide pour une assimilation progressive et une union politique plus étroite avec la France.
La Seconde Partie élargit l’analyse aux autres colonies (Réunion, Martinique, Guadeloupe, Sénégal). Duval y réclame élections municipales, conseils généraux élus et représentation politique au Corps législatif, estimant que l’autoritarisme administratif freine le développement colonial.
Enfin, des chapitres exploratoires (vers Touât et le Sahara) soulignent l’intérêt scientifique et commercial de l’Afrique centrale et le retard français face à l’Angleterre dans ce domaine.
Au total, le livre articule trois axes constants : sécurité et mise en valeur économique, libertés administratives et politiques, et mission civilisatrice fondée sur le travail, la science et l’échange.
