Algérie et Tunisie : récits de voyage et études
BARAUDON Alfred
Le livre d’Alfred Baraudon (1893) est à la fois un récit de voyage et une étude historique et ethnographique sur l’Algérie et la Tunisie, mêlant observations personnelles, reconstitutions historiques et jugements de son époque. L’ouvrage s’ouvre sur une longue introduction retraçant l’histoire du Maghreb depuis l’Antiquité jusqu’à la prise d’Alger par la France en 1830. Baraudon présente d’abord les populations de l’Algérie : Berbères (décrits comme autochtones) et Arabes (venus d’Orient à partir du VIIe siècle), puis les métissages et groupes dérivés (Kabyles, Maures, M’zabites, Touaregs, Berbères arabisés), ainsi que la présence de Noirs, de Juifs et d’Européens. Il retrace ensuite les grandes phases historiques : Afrique romaine, royaume vandale, domination byzantine, puis conquêtes arabes en deux temps (VIIe siècle puis XIe siècle avec les tribus hilaliennes). Il évoque la résistance berbère, notamment celle de la Kahina, puis la fragmentation politique du Maghreb (Idrissides, Fatimides, Zirides, Almoravides, Almohades, Hafsides, Mérinides, Zianides), marquée selon lui par l’anarchie et les luttes dynastiques.
L’auteur décrit ensuite l’arrivée des frères Barberousse au XVIe siècle, l’intégration d’Alger à l’Empire ottoman, la création de l’Odjeac et trois siècles de domination turque fondée sur le despotisme et la piraterie, jusqu’à l’expédition française de 1830.
La première partie, consacrée à Alger, alterne descriptions urbaines et scènes de mœurs. Baraudon oppose la ville européenne moderne (quais, boulevards, architecture régulière) à la vieille ville arabe en voie de destruction. Il décrit le cimetière d’Abd-er-Rhaman Bou-Kobrin, la légende du saint fondateur de l’ordre des Rahmanya, et la sociabilité féminine du vendredi. Il présente ensuite le Jardin d’Essai du Hamma comme un catalogue de plantes exotiques. Enfin, depuis la Kasbah, il propose une vue panoramique d’Alger et déplore la démolition du vieil Alger au nom du « progrès », critiquant l’uniformisation architecturale et culturelle du monde moderne.
