L'Algérie agricole en 1906,
TRABUT L. et MARÈS R.
L’ouvrage est une monographie systématique et technique visant à dresser, en 1906, un état des lieux complet de l’agriculture algérienne après un demi-siècle de colonisation. Dans l’Introduction, les auteurs rejettent les visions caricaturales de l’Algérie (Eldorado ou Enfer) et insistent sur sa diversité naturelle et humaine : juxtaposition de régions très contrastées, variété des climats et des populations, et difficulté intrinsèque de la mise en valeur agricole, présentée comme une œuvre longue mais désormais stabilisée après la « pacification » menée par Bugeaud. Ils relient explicitement le progrès agricole à celui de la colonisation et à l’amélioration des transports (routes, ports, chemins de fer).
La première grande partie est structurée par les « régions naturelles » : le Tell (région cultivable, de type méditerranéen), les Steppes (région pastorale de transition) et le Sahara (zone désertique où la culture dépend de l’irrigation et des oasis). Chaque zone est décrite du point de vue du climat, des sols et de la végétation, avec une typologie très détaillée des steppes (steppes à alfa, à armoise, salées, etc.).
L’ouvrage passe ensuite en revue les principales productions :
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Céréales (blé dur, orge, avoine, maïs) avec données de superficies et rendements ;
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Arboriculture et cultures fruitières : olivier, agrumes (orangers, mandariniers, néflier du Japon), figuier de Barbarie, bananier, vigne, fruits de table ;
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Maraîchage et primeurs ;
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Forêts et essences utiles (chêne-liège, cèdre de l’Atlas, thuya, pin d’Alep, peupliers, saules, casuarina) ;
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Élevage (bovins, ovins, caprins, chevaux, chameaux), avec des considérations critiques sur les pratiques indigènes et la nécessité, selon les auteurs, d’une intervention européenne plus forte.
Une place importante est accordée aux institutions agricoles : enseignement (École pratique de Maison-Carrée et ferme-école), recherche agronomique (sélection variétale, greffage, lutte contre les parasites), et organisation du crédit mutuel agricole (lois de 1884, 1894, 1898 et surtout 1901, création de caisses régionales).
Enfin, l’ouvrage fournit de nombreux tableaux statistiques (commerce extérieur, production céréalière, importations d’engrais, cheptel) destinés à démontrer la croissance continue de l’agriculture algérienne et son intégration économique à la métropole. L’ensemble combine description scientifique, plaidoyer pour la colonisation agricole et guide pratique pour colons et investisseurs.
