Situation de l'Algérie depuis le 4 septembre 1870
LEBLANC de PRÉBOIS F.
Le texte est un mémoire politique et administratif adressé aux autorités françaises, dans lequel l’auteur dresse un bilan critique de la situation algérienne après la chute du Second Empire (4 septembre 1870) et plaide pour une réorientation de la politique coloniale.
Dans une première partie, Leblanc de Prébois revient sur l’insurrection de 1871 (Kabylie, Mokrani, Rahmaniya). Il en analyse les causes : affaiblissement de l’autorité française après la défaite contre la Prusse, inquiétudes des populations indigènes, maladresses administratives et insuffisance de la présence militaire. Il rejette l’idée que la révolte serait purement religieuse : selon lui, elle est surtout politique et liée à la crise du pouvoir colonial. Il souligne la violence des événements, mais aussi la responsabilité française dans l’absence de confiance durable entre colons et indigènes.
L’auteur propose ensuite une réflexion sur la colonisation et le peuplement européen. Il discute le chiffre souvent avancé de « quatre millions » d’Européens possibles en Algérie, qu’il juge irréaliste, et estime plus crédible une capacité d’installation d’environ 1 à 1,5 million de colons, sous réserve d’investissements massifs (routes, ports, irrigation, crédit). Il insiste sur le coût financier de la colonisation et sur la nécessité d’un plan cohérent plutôt que d’initiatives dispersées.
Un long développement porte sur la population :
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il distingue clairement population européenne et population indigène ;
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il évalue la population agricole européenne et ses limites ;
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il insiste sur la densité très faible dans certaines régions et sur l’inégale répartition des terres. Il considère que l’avenir de l’Algérie dépend d’un équilibre entre colonisation européenne et maintien d’une population indigène stable.
Leblanc de Prébois aborde ensuite la question administrative. Il critique l’instabilité des institutions algériennes, la tutelle excessive de Paris et l’absence d’un statut clair pour la colonie. Il examine les effets du gouvernement militaire, puis civil, et défend l’idée d’une administration plus régulière, plus prévisible et mieux adaptée aux réalités locales. Il est favorable à une autonomie administrative accrue, sans rupture avec la France.
La dernière partie est prospective et programmatique. L’auteur formule une série de recommandations :
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sécurisation durable du territoire ;
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développement de l’agriculture (irrigation, chemins, crédit) ;
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meilleure protection juridique des propriétés indigènes ;
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politique de colonisation plus sélective et encadrée ;
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amélioration des relations avec les chefs locaux ;
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investissement dans l’instruction et les services publics.
L’ensemble se présente comme un plaidoyer républicain pour une colonisation « ordonnée », fondée sur la sécurité, le droit et le développement économique, plutôt que sur la seule domination militaire.
