L'Algérie devant l'opinion publique, pour faire suite à "l'Algérie devant le Sénat".
WARNIER Auguste
L’ouvrage de Warnier est un pamphlet argumenté, issu d’articles publiés dans Le Courrier de l’Algérie, qui vise à réfuter une brochure anonyme favorable aux « Indigènes » et hostile à la colonisation européenne (L’Algérie française : Indigènes et Immigrants). Warnier se place résolument du point de vue des colons et entend démontrer, chiffres officiels à l’appui, que la colonisation agricole européenne est à la fois productive, légitime et moins coûteuse qu’on ne le prétend.
Sa thèse centrale est double : d’une part, le colon européen cultive plus et mieux que l’Indigène ; d’autre part, l’Algérie ne constitue pas un fardeau financier pour la métropole si l’on raisonne correctement. Pour étayer ce point, Warnier mobilise abondamment le Tableau de la situation de l’Algérie (1862) : il compare surfaces cultivées, rendements céréaliers, valeur monétaire des productions et niveau de richesse. Il conclut que, par tête, le cultivateur européen produit environ six fois plus que l’Indigène et possède une richesse mobilière et immobilière très supérieure.
Sur le plan budgétaire, il soutient que les recettes locales couvrent presque les dépenses civiles et que les travaux publics réalisés en Algérie constituent un gain net pour le Trésor français. Les dépenses militaires, selon lui, doivent être imputées pour l’essentiel à la conquête et au maintien de l’ordre parmi les tribus, non à la colonisation européenne elle-même.
Warnier conteste aussi l’idée que le climat algérien serait meurtrier pour les Européens : en 1862, les décès sont inférieurs aux naissances parmi les colons, tandis que l’inverse s’observe chez les musulmans soumis à l’état civil. Il en déduit une supériorité démographique européenne à long terme.
Enfin, il critique vivement l’administration militaire des « bureaux arabes », qu’il juge contraire au développement de la colonisation et à la « civilisation » des Indigènes. L’ouvrage se présente ainsi comme une défense systématique de la colonisation européenne, fondée sur des calculs économiques, des statistiques et une lecture très favorable aux intérêts des colons.
