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L'Algérie devant le Sénat

WARNIER Auguste
publié en 1863

L’Algérie devant le Sénat est un mémoire polémique et programmatique par lequel Warnier s’adresse au Sénat pour contester la politique coloniale en cours et, en particulier, le projet de sénatus-consulte sur la propriété indigène. L’ouvrage part du constat d’une crise politique et administrative en Algérie : suppressions et réorganisations successives du ministère de l’Algérie, conflits de compétences, paralysie des affaires et absence de bases juridiques stables tant pour les colons que pour les indigènes.

Warnier développe une critique centrale des bureaux arabes, qu’il juge structurellement conflictuels avec les intérêts des colons. Selon lui, ces officiers, placés en position d’arbitres entre Européens et indigènes, sont pris dans des contradictions insolubles qui nourrissent un antagonisme durable ; le « procès Doisneau » aurait cristallisé cette rupture. Il plaide pour une administration plus civile et plus favorable à la colonisation européenne.

Sur le plan foncier, Warnier estime qu’on s’apprête à légiférer à l’aveugle. Avant toute constitution de la propriété indigène, il réclame l’établissement préalable d’un plan général de colonisation, articulé en trois actes dans l’ordre : plan d’occupation, constitution politique, puis constitution de la propriété. Voter le sénatus-consulte sans ce cadre serait, selon lui, « mettre la charrue avant les bœufs ».

Il conteste également les chiffres officiels sur les concessions et la population coloniale, montrant que les statistiques sont incohérentes entre Domaine, Colonisation et Cadastre, et que la part réelle des terres effectivement mises en valeur est mal connue. Il soutient par ailleurs que la société coloniale est bien plus agricole qu’on ne le dit : l’essentiel de la population européenne, y compris urbaine, tire ses revenus de la terre, et la propriété rurale est majoritairement française.

Enfin, Warnier souligne le coût humain et financier de la conquête (environ 100 000 hommes et deux milliards de francs depuis 1830) pour justifier la nécessité d’une enquête nouvelle et d’une haute commission chargée d’étudier sur place un régime durable conciliant conservation de la conquête et développement de la colonisation.