Accéder au contenu principal

Search Mobile


© All rights reserved. Powered by YOOtheme.

L'Algérie en 1871

ROBIOU DE LA TRÉHONNAIS F.
publié en 1871

Dans L’Algérie en 1871, Robiou de La Tréhonnais dresse un bilan très critique de la situation coloniale à la suite de l’insurrection de 1871, qu’il présente comme le révélateur d’échecs profonds de la politique française en Algérie. S’appuyant sur sa propre mission agronomique, il soutient que la révolte kabyle et les violences contre les colons traduisent une absence durable de « pacification morale » et d’assimilation, malgré plus de quarante ans d’occupation.

Un premier axe central du livre concerne l’émigration et la colonisation. L’auteur conteste l’idée que l’Algérie puisse absorber massivement des travailleurs européens ruinés par la guerre. Selon lui, la simple disponibilité de terres ne suffit pas : sans capital, sans marchés locaux solvables et sans une population ayant des besoins à satisfaire, le travail seul est impuissant. Il estime que la population indigène, peu consommatrice de produits européens, ne joue pas le rôle de moteur économique attendu pour la colonie.

Un deuxième axe porte sur la terre et l’agriculture. Robiou reconnaît la fertilité potentielle des sols algériens, mais souligne leur appauvrissement organique, l’emprise des mauvaises herbes et les contraintes climatiques (saisons courtes, sécheresses). Il affirme que, sans labours profonds, assolement et fumure, les rendements resteront faibles comparés à l’Europe, malgré quelques succès locaux liés à des techniques modernes.

Le troisième axe est une critique systématique des bureaux arabes et du régime militaire. L’auteur considère que cette institution, bien organisée mais orientée presque exclusivement vers la protection des intérêts indigènes, a freiné délibérément l’expansion européenne, limité l’accès à la terre et maintenu une séparation rigide entre territoires « civils » et « militaires ». Il voit dans cette politique une cause majeure de l’atonie coloniale.

Enfin, Robiou estime que l’application du sénatus-consulte sur la propriété indigène a, selon lui, surtout bénéficié aux tribus et au Domaine, au détriment des colons, en laissant peu de terres réellement disponibles pour l’expansion européenne.

L’ouvrage se conclut par l’idée que, sans réforme radicale du régime foncier, des institutions et des conditions économiques, la colonisation restera entravée.