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L'Algérie en 1846

DESJOBERT Amédée
publié en 1846

L’ouvrage est une critique globale, argumentée et systématique de la conquête et de la colonisation de l’Algérie, menée du point de vue d’un économiste libéral hostile à l’entreprise coloniale telle qu’elle se pratique sous la Monarchie de Juillet. Desjobert examine successivement la guerre, les finances, la colonisation et le gouvernement des indigènes pour montrer que l’Algérie constitue, selon lui, une impasse politique, militaire et économique.

Sur le plan militaire, il soutient que la « pacification » a échoué : malgré des promesses répétées de réduction des effectifs, la France est condamnée à entretenir durablement une armée de plus de 100 000 hommes en Afrique. Il insiste sur le coût humain de cette présence, en soulignant que l’essentiel des pertes provient des maladies et non des combats, et décrit une guerre de destruction (razzias, incendies de moissons, abattage d’arbres) qui ruine les populations arabes sans assurer leur soumission durable.

Dans le chapitre Finances, il démontre que l’Algérie aggrave structurellement le déficit français : plus d’un milliard déjà englouti, des dépenses annuelles très élevées (plus de 125 millions en 1846), une dette croissante et des impôts toujours plus lourds en métropole. Selon lui, ces charges compromettent le développement économique de la France elle-même.

Sur la colonisation, Desjobert juge tous les systèmes défaillants. La colonisation « subventionnée » par l’État est qualifiée d’artificielle et ruineuse : l’administration fournit terres, maisons, bétail, outils et même travaux effectués par l’armée, créant des colons dépendants et peu productifs. Il critique ensuite le projet de colonisation militaire de Bugeaud (120 000 familles), qu’il estime humainement et financièrement irréaliste. Plus largement, il affirme qu’une colonisation utile de l’Algérie est économiquement impossible pour la France.

Enfin, dans la partie sur le gouvernement des indigènes, il rejette à la fois le gouvernement par les chefs arabes (dangereux et instable) et le gouvernement direct par les Français (impraticable). Il dénonce une politique qui, loin d’« civiliser », aboutit à la misère et à l’extermination partielle des populations locales.

La conclusion implicite du livre est radicale : loin d’être une mission civilisatrice ou une source de prospérité, l’Algérie est présentée comme un gouffre financier, humain et politique pour la France, et comme une entreprise vouée à l’échec.