L’ALGÉRIE LEGENDAIRE EN PÈLERINAGE ÇÀ & LÀ aux Tombeaux des principaux Thaumaturges de l’Islam (Tell et Sahara)
TRUMELET C. (colonel)
L’ouvrage est à la fois un essai sur la religion populaire musulmane en Algérie et le récit d’un pèlerinage (ziara) entrepris par l’auteur vers les tombeaux des principaux saints (aoulia) du Tell et du Sahara. Trumelet, officier français, part du principe que pour gouverner et comprendre les populations musulmanes, il faut d’abord connaître leurs croyances et leurs légendes : selon lui, « la légende est l’histoire des peuples qui n’en ont point d’écrite ».
L’Avant-propos pose les concepts centraux. Trumelet définit ce qu’est un marabout (mraboth) : un homme « lié à Dieu », voué au Coran, à l’ascèse et aux bonnes œuvres, jouissant d’une réputation de sainteté (wali). Le terme désigne à la fois le saint et, par extension, la koubba (chapelle à coupole) édifiée sur son tombeau, autour de laquelle les fidèles souhaitent être enterrés. L’auteur rappelle le rôle historique des marabouts issus des Mores andalous réfugiés au Maroc (Zaouïa de Saguiet-el-Hamra) et leur diffusion vers l’Est algérien, notamment en Kabylie, où ils ont « koranisé » les populations.
Trumelet explique ensuite le projet de son pèlerinage : accompagné d’un guide marabout de Blida, il parcourra d’abord le Sud, puis remontera vers l’Est jusqu’à la Tunisie, avant de revenir par le Tell vers l’Ouest et la frontière marocaine. L’objectif est d’observer comment la sainteté et les pratiques religieuses varient selon les régions (Sahara, montagnes kabyles, littoral).
Le livre alterne ensuite entre observations ethnographiques et récits hagiographiques. Le premier grand récit (Sidi Ali-ben-Mahammed et Sidi Bou-Zid) illustre le genre : itinéraires dans les Hauts-Plateaux et les ksour, description des paysages, hospitalité nomade, pratiques religieuses (prières, ablutions, jeûne, pèlerinage), puis légende du saint. Sidi Ali, chérif venu de Saguiet-el-Hamra, renonce au pèlerinage à La Mecque après un accident, épouse la fille de Sidi Bou-Zid, reçoit la source de Tiouelfin, fonde une zaouïa, tandis que Sidi Bou-Zid finit ermite au Djebel Amour, où son tombeau devient lieu de dévotion.
Dans l’ensemble, l’ouvrage construit une cartographie spirituelle de l’Algérie : paysages, routes sahariennes, ksour, zaouïas et koubbas servent de cadre à une vision où histoire, géographie et miracles s’entrelacent. Trumelet ne cherche pas seulement le pittoresque ; il propose une lecture coloniale de l’Islam populaire algérien, où la légende devient un instrument de connaissance et de gouvernement
