ALGÉRIE UN REGARD ÉCRIT
de NOIRFONTAINE Pauline
L’ouvrage se présente comme une série de lettres adressées à des amis (notamment Léon Gozlan puis le colonel Marnier) et revendique d’emblée une écriture subjective : l’autrice ne prétend ni faire une histoire de l’Algérie ni un traité savant, mais livrer des impressions vécues, « sans cadre ni lien », au fil de son séjour de trois ans.
Dans la Lettre I, elle décrit d’abord son arrivée à Alger : le port, la rade, la Casbah, le contraste entre la ville mauresque et la ville européenne, et la luxuriance du paysage. Elle insiste sur la bigarrure des populations (Arabes, Juifs, Espagnols, Noirs, Européens) et sur ce qui l’a le plus frappée : le regard des femmes mauresques. Elle pénètre ensuite dans un intérieur de harem grâce à Madame Boucandoura, dont elle brosse un portrait très idéalisé. À travers cette visite, elle conteste l’idée que les femmes musulmanes seraient dépourvues de sensibilité ou d’intelligence, tout en soulignant leur réclusion et leur condition difficile. Elle visite enfin le palais du gouverneur et évoque Oran, ville disparate et inachevée, perchée sur des reliefs, avec ses quartiers distincts (espagnol, juif, arabe, européen) et son environnement saharien.
La Lettre II change de registre : Noirfontaine esquisse une analyse ethnographique et politique des sociétés indigènes. Elle distingue nettement Kabyles (montagnards sédentaires, agricoles, « démocratiques », jaloux de leur liberté) et Arabes (nomades, pasteurs, mobiles, souvent en conflit avec l’impôt), décrit la tribu, ses chefs (Caïd, Agha, Cheïkh, Cadi) et les formes de noblesse (d’origine, militaire, religieuse). Elle s’attarde sur le rôle des Marabouts et des Zaouïas, centres à la fois religieux et sociaux.
Un fil directeur traverse l’ensemble : son scepticisme sur toute “fusion” entre Français et Arabes. Selon elle, la différence religieuse et culturelle est trop profonde pour permettre un véritable rapprochement ; l’hostilité envers les chrétiens lui paraît durable.
Le livre mêle ainsi tableaux pittoresques, scènes de vie (repas, fêtes tribales, hospitalité, paysages), observations sociales, et réflexions sur la colonisation, dans un ton personnel, empathique par moments, mais aussi marqué par les représentations et préjugés de son époque.
