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L’Algérie à l’époque d’ABD-EL-KADER

EMERIT Marcel
publié en 2002

L’ouvrage reconstitue, à partir d’études et de nombreux documents contemporains, la situation politique, sociale et militaire de l’Algérie entre 1830 et 1847, en faisant d’Abd-el-Kader le fil directeur. Émerit refuse les lectures téléologiques : il montre que « l’Algérie » de l’époque n’est pas un cadre national constitué, mais un espace morcelé en beyliks ottomans (Alger, Oran, Constantine), tribus, villes et confréries, où les loyautés sont d’abord religieuses, locales ou d’allégeance personnelle.

Une première partie analyse les « luttes de races » dans l’Ouest après le départ des Turcs : rivalités entre Turcs, Kouloughlis, Arabes et Berbères, compétition entre notables urbains et chefs tribaux, et intervention française qui attise souvent ces fractures. Les épisodes d’Oran, Tlemcen et Mers-el-Kébir illustrent ce désordre post-ottoman.

Le cœur du livre porte sur la construction de l’État d’Abd-el-Kader : organisation administrative (khalifats, caïds, fiscalité, justice), armée mobile, logistique saharienne, et tentative d’unification politique transcendant les appartenances tribales et ethniques. Émerit souligne que cette unification n’est ni confrérique ni strictement tribale : elle dessine, « en négatif », une forme d’unité politique nouvelle.

L’ouvrage détaille ensuite la diplomatie et la guerre avec la France : traité Desmichels (1834), traité de la Tafna (1837) et ses annexes contestées, négociations tendues (rôle de Ben Durand), affaire des Portes de Fer/Biban, et reprise de la guerre. Des lettres d’Abd-el-Kader à Bugeaud éclairent sa conception de la souveraineté, de la justice et des marchés mixtes.

Émerit consacre une large place aux confréries (Qadiriyya, Tijaniyya, Derkaoua) et aux conflits internes (Aïn Madhi, Hadj Moussa), montrant comment Abd-el-Kader cherche à briser les pouvoirs religieux concurrents pour consolider son autorité.

Enfin, une réflexion sur la « nationalité » traverse le livre : le terme est anachronique pour les années 1830-1840, mais Émerit montre que la guerre contre la France fait émerger une solidarité politique plus large. La défaite de 1847 détruit cette construction étatique ; la politique coloniale ultérieure (statut de 1865, séparation statutaire) enfermera les populations dans une définition principalement religieuse, brouillant durablement le rapport entre national et religieux.