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L'Algérie romaine

BOISSIERE Gustave
publié en 1883

Ce second volume déplace le regard de la vue d’ensemble vers une étude concrète et territorialisée de la présence romaine, centrée principalement sur Lambèse (Lambaesis), capitale militaire de la Numidie et quartier général de la IIIe légion Auguste. Boissière en fait un observatoire privilégié pour comprendre le fonctionnement réel de l’occupation romaine en Afrique du Nord.

Le livre s’ouvre sur une description précise du site de Lambèse : position stratégique au pied de l’Aurès, contrôle des plaines intérieures, maîtrise des sources et des voies de passage, rôle d’articulation entre Tell et Sahara. L’auteur mobilise inscriptions, vestiges et plans pour restituer la topographie du camp, de la citadelle et de la ville civile attenante.

Un long développement est consacré à la machine militaire romaine : organisation de la légion, discipline, entraînement, hiérarchie, logistique, approvisionnement, rôle des auxiliaires, et articulation entre garnisons fixes et troupes mobiles. Boissière montre que la défense ne se limite pas à une ligne continue, mais repose sur un réseau de camps, de routes et de points d’appui s’enfonçant vers l’intérieur. Il insiste sur la dualité du dispositif : sécuriser le territoire conquis tout en projetant la puissance vers les zones encore « libres ».

L’ouvrage analyse ensuite les grandes voies militaires (notamment l’axe Lambaesis–Calceus Herculis–Bescera) comme instruments de conquête, de circulation et de romanisation. Ces routes structurent l’espace, facilitent le commerce, la fiscalité et le contrôle des populations.

Boissière accorde une place centrale aux relations avec les populations locales (Numides, Maures, tribus de l’Aurès). Il décrit un système mêlant contrainte, négociation et intégration graduelle : colonies de vétérans, marchés mixtes, fiscalité, mais aussi résistances, raids et révoltes périodiques.

Une dernière partie revient sur la chronologie impériale (surtout Hadrien et les Antonins) : renforcement des frontières, réorganisation des légions, embellissement des villes, multiplication des inscriptions et des édifices publics. L’auteur souligne cependant que cette prospérité reste fragile, dépendante de la stabilité militaire et du budget impérial.

Au total, le tome II présente la colonisation romaine comme un système territorial complet — militaire, urbain, routier et administratif — dont Lambèse constitue le nœud, et dont les traces matérielles permettent de comprendre la profondeur et les limites de l’emprise romaine en Algérie.