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L'Algérie et la Tunisie

LEROY-BEAULIEU Paul
publié en 1887

L’ouvrage est né, selon l’Avant-propos, de quinze années d’études africaines et s’inscrit dans la réflexion plus large de Leroy-Beaulieu sur la colonisation moderne. Il refuse les jugements sommaires et les monographies fragmentaires : l’Algérie et la Tunisie doivent être étudiées ensemble, comme deux espaces liés par l’histoire, l’économie et la politique nord-africaine. Il défend l’idée d’une union politique graduelle entre les deux pays, tout en reconnaissant leurs différences de trajectoire et d’administration. Il critique la gestion française trop hésitante, l’irrégularité des finances coloniales et le régime douanier tunisien, tout en estimant que la France a un intérêt vital à consolider sa position face à l’Italie et aux puissances européennes.

Le Livre I (L’Algérie) s’ouvre sur les origines accidentelles de l’établissement français. La prise d’Alger (1830) n’est pas, selon lui, le fruit d’un plan colonial mûri, mais d’une suite d’événements diplomatiques, militaires et d’opinion publique. La France n’a ni voulu initialement une conquête totale, ni pu s’en retirer sans perdre prestige et sécurité. La colonisation s’est donc imposée par enchaînement de faits plus que par doctrine préalable.

Leroy-Beaulieu décrit ensuite la formation de la colonie : installation progressive, rôle central de l’armée, appropriation foncière, mise en culture, création d’une société coloniale européenne distincte des indigènes, et difficultés d’assimilation d’une population musulmane majoritaire. Il insiste sur la singularité religieuse de l’islam comme obstacle à une fusion rapide, sans pour autant nier la possibilité d’une coexistence organisée.

Une large part est consacrée aux débuts politiques et militaires : l’échec des tentatives de gouvernement indirect, les tâtonnements administratifs, puis la figure d’Abd-el-Kader, présenté comme un chef charismatique, religieux et militaire, capable d’unifier provisoirement les tribus. Il retrace les négociations, les traités, la reprise de la guerre, et les débats à Paris sur le coût et le sens de la conquête (Chambre des députés, budgets militaires, critiques de la « colonisation à coups de canon »).

La thèse centrale du livre est double : 1) la France ne pouvait ni abandonner l’Algérie sans s’amoindrir ; 2) sa réussite dépend d’une politique plus cohérente — financièrement saine, respectueuse des indigènes, mais ferme — et d’une articulation réfléchie avec la Tunisie pour sécuriser durablement l’Afrique du Nord.