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Alger. Voyage politique et descriptif dans le nord de l'Afrique

BAVOUX Evariste
publié en 1841

L’ouvrage s’ouvre par un long Avant-propos politique, où Bavoux part d’un constat de « léthargie » de la vie publique en France après 1830. Dans ce contexte d’apathie, il estime que la seule question véritablement vive est celle de l’Afrique (l’Algérie). Il réfute l’assimilation courante entre l’expédition d’Égypte de Bonaparte et la conquête d’Alger : selon lui, la première était d’inspiration personnelle et sans avenir colonial clair, tandis que la seconde serait d’origine « nationale », née d’une injure faite à la France et surtout de la mission d’extirper la piraterie barbaresque.

Bavoux explique qu’il a décidé de se rendre en Algérie pour observer par lui-même le pays, ses mœurs, ses ressources et ses besoins. Il revendique une indépendance d’esprit complète, y compris à l’égard de l’opinion publique favorable à la colonisation. Il affirme ne reconnaître aucun « despotisme de l’opinion » et se réserve le droit de critiquer la politique menée, même si cela doit le rendre impopulaire.

Sa thèse centrale est que l’opinion publique a raison de vouloir conserver Alger, mais se trompe lorsqu’elle justifie une colonisation « gigantesque et aventureuse » et une administration militaire brutale. Il plaide pour une colonisation progressive et civilisatrice, fondée sur la persuasion plutôt que sur la guerre permanente. Il met en garde contre l’escalade militaire face à Abd el-Kader, estimant que la guerre nourrit elle-même la résistance arabe et impose des sacrifices croissants à la France.

Le chapitre préliminaire traite de la « légitimité du titre de conquête ». Bavoux retrace longuement l’histoire de la piraterie d’Alger depuis le XVIᵉ siècle : installation des Barberousse, liens avec l’Empire ottoman, bombardements européens, expédition ratée de Charles Quint, puis traités inégaux par lesquels les puissances européennes achetaient leur sécurité. Il décrit une régence d’Alger fondée sur une hostilité religieuse et permanente envers les chrétiens.

Il rappelle ensuite les incidents ayant précédé 1830 (litiges commerciaux, violations de traités, puis le « coup d’éventail » au consul Deval) qui, selon lui, ont légitimé la guerre. S’appuyant sur le droit des gens (notamment Vattel), il soutient que la conquête est un titre légitime dès lors que la guerre était juste, que la piraterie constituait un trouble durable à l’ordre international et que la France a agi comme mandataire de l’Europe. Il affirme enfin que, dans les faits, la France respecte en Algérie la propriété privée, ce qui, à ses yeux, confirme la régularité juridique de son établissement.