Ali le renard ou la conquête d'Alger
de SALLE Eusèbe
Le volume s’ouvre par une longue préface (“Fatehatou ’l Ketabi”) où Eusèbe de Salle expose le sens et la forme de son livre. Il replace d’abord la prise d’Alger (1830) dans un contexte politique français : après la Morée, l’expédition d’Afrique aurait été populaire comme une « croisade », mais soupçonnée d’arrière-pensées politiques sous Charles X ; depuis 1830, elle peut être jugée plus sereinement. L’auteur défend l’idée que la conquête peut ouvrir à la France des avantages stratégiques, économiques et « civilisationnels » en Méditerranée.
De Salle passe ensuite en revue les récits déjà publiés sur l’expédition (Desprez, Dennié, Juchereau de Saint-Denis), puis explique sa propre démarche. Ancien officier-interprète, il avait d’abord voulu produire un grand travail savant (botanique, médical, ethnographique), mais ses notes de terrain se sont transformées en mémoires vivants. Il décide donc d’opter pour le roman historique : la fiction lui permet, selon lui, de corriger la partialité personnelle, de donner chair aux personnages et de reconstituer des situations qu’il n’a pas directement vues, y compris « dans le camp ennemi ». Il revendique cependant la fidélité factuelle de ses descriptions de lieux, de batailles et d’événements, tirées de son journal. Il reconnaît avoir introduit volontairement quelques anachronismes et travestissements pour brouiller les identités.
Il insiste enfin sur l’importance du « fond » : le paysage, les mœurs, le choc entre l’Europe et l’Afrique, qu’il compare aux grandes toiles orientalistes contemporaines.
Le Chapitre I déplace l’action à Palma de Majorque, point de ralliement de la flotte française avant Alger. De Salle brosse un tableau très vivant de la ville et de ses habitants : cafés envahis par les officiers français, rues étroites, profusion d’églises et de couvents, et surtout une description détaillée de la cathédrale gothique « sarrasine », de ses dorures, de ses orgues et du mausolée du marquis de la Romana.
Le Chapitre II change de ton et montre l’envers de ce décor : les maisons de plaisir de Palma, prises d’assaut par les officiers. Une scène violente oppose le commandant d’Aubagne à un contrebandier catalan, Chiquet, venu défendre Maria-Josepha, jeune Andalouse dépendante d’une maquerelle (Pépita). D’Aubagne blesse légèrement, puis protège Maria, qu’il finit par faire sortir déguisée en garçon.
Le Chapitre III évoque le retour nocturne vers la flotte, la complaisance des autorités espagnoles envers les Français, puis une atmosphère de fête à Palma (promenade à l’Alameda, bals, théâtre), où l’auteur mêle exotisme, galanterie et préparation implicite à l’expédition d’Alger.
