Marcello-Fabri, sa vie, son œuvre
RINAUDO Simone
Le texte de Simone Rinaudo est une vaste étude critique et interprétative consacrée à Marcello-Fabri (Marcel Louis Faivre), envisagé à la fois comme poète, romancier, dramaturge, peintre, essayiste et penseur. Il articule trois axes principaux : la biographie, l’esthétique et la pensée symbolique et politique de l’auteur.
La première partie restitue les racines algériennes de Marcello-Fabri : né à Miliana, formé par les paysages de la Mitidja, de Cherchell et d’Alger, il forge très tôt une sensibilité où nature, lumière méditerranéenne et vestiges antiques nourrissent une « algérianité » mythique. Autodidacte, précoce en littérature, il publie dès vingt ans et adopte le pseudonyme « Marcello-Fabri » (inspiré de l’espéranto). Sa trajectoire conjugue travail administratif, création littéraire et réflexion esthétique.
La seconde partie analyse son œuvre picturale (1909-1914). Rinaudo décrit des paysages d’Alger et de Kouba marqués par l’harmonie, la lumière et l’intériorité (Triptyque de la baie d’Alger, Environs d’Alger, Hauteurs d’Alger à Kouba, Berbères devant la baie). La peinture est conçue comme « poésie délivrée », structurée par l’équilibre, la couleur et une musicalité visuelle.
Le cœur du texte porte sur les mythes et symboles structurant son œuvre : la mer, le soleil et la lune, la chair et l’esprit, l’âme, et surtout le symbole de l’Île, figure d’un cosmos maîtrisé, à la fois paradis perdu, sanctuaire spirituel et utopie intérieure. Ces motifs irriguent sa poésie (Hallucinations, Les Chers Esclavages, Cryptogrammes, Notre-Dame de la Chair) et ses romans (La Force de vivre, L’Inconnu sur les villes, La Terre et les Miraculées).
Rinaudo examine ensuite deux grands mythes centraux :
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Le mythe du Prophète, lié à une vision précoce de la mondialisation et des forces impersonnelles (Capital, Guerre, Révolution), traité de façon épique et symbolique.
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Le mythe de Jugurtha, héros numide tragique, figure de la révolte et de la dignité face au pouvoir impérial, dans une pièce au dépouillement dramaturgique maîtrisé.
Enfin, le texte expose le Grand Plan de Marcello-Fabri : une utopie socio-culturelle libertaire visant à libérer l’art du commercialisme, à renforcer les intellectuels et à refonder la fraternité humaine au-delà des États, des religions et des frontières.
L’ensemble dresse le portrait d’un créateur total, indépendant, souvent inclassable, dont l’œuvre, cohérente mais complexe, articule poésie, métaphysique, mythe et engagement critique.
