Le Service de santé des armées dans les territoires du sud algérien
SAVELLI André
Le document est à la fois un témoignage personnel et une histoire institutionnelle du Service de Santé des Armées au Sahara. Savelli, médecin militaire ayant servi à In Salah (1953-1955), entend décrire « une page » de ce qu’il présente comme une vaste œuvre d’assistance médicale aux populations sahariennes.
Après une introduction descriptive sur le Sahara (immensité, oasis, isolement, conditions climatiques extrêmes) et sur « l’envoûtement » du désert, l’auteur affirme qu’avant l’arrivée française les populations étaient exposées à famines, épidémies et insécurité. Il situe le rôle du médecin militaire comme agent de soins mais aussi de pénétration et de pacification, reprenant la formule de Lyautey.
Le cœur du texte détaille l’organisation du Service de Santé : création en 1918 d’une direction spécifique pour les Territoires du Sud, dépendant à la fois du Gouvernement général (assistance médicale indigène) et du Commandement militaire. Savelli décrit la formation des médecins (École de Santé de Lyon, stages au Val-de-Grâce, à l’Institut Pasteur d’Alger et à la clinique ophtalmologique de Mustapha), puis leur affectation isolée dans les oasis, avec des séjours limités à deux ou trois ans.
Il retrace ensuite l’extension progressive du réseau sanitaire : multiplication des circonscriptions médicales, création d’infirmeries-dispensaires (de Béni Ounif en 1905 à In Salah, Djanet, Ghardaïa, etc.), puis de nombreux postes de secours secondaires (« maisons des yeux ») destinés surtout à la lutte contre le trachome. Les effectifs et les équipements (radiologie, maternités, chirurgie) s’accroissent fortement jusqu’en 1960.
Une large partie est consacrée au fonctionnement concret : consultations gratuites (près de 3 millions en 1960), tournées en tribus, hospitalisations, et surtout lutte contre les grandes endémies (typhus, fièvre récurrente, variole, paludisme, syphilis, trachome, tuberculose). Savelli insiste sur le rôle décisif de la vaccination, de la désinsectisation (DDT), des travaux hydrauliques et des missions spécialisées (notamment la mission ophtalmologique).
Il décrit aussi la protection maternelle et infantile, l’hygiène scolaire, l’hygiène publique, et la contribution des médecins à l’exploration scientifique du Sahara (publications, recherches avec l’Institut Pasteur).
Des pages plus personnelles évoquent la vie quotidienne des médecins (chaleur, isolement, déplacements, relations avec les habitants) et des anecdotes cliniques.
Enfin, Savelli relate la période post-1962 : maintien d’une Mission médicale française jusqu’en 1976, puis son retrait. Il conclut par un plaidoyer en faveur du Corps de Santé militaire, présenté comme un modèle d’« humanisme français », et appelle à la création d’un Corps de Santé universel coordonnant les ONG.
