Commune de Constantine. Rapports du maire au conseil municipal. 1862.
Mairie de Constantine
Le rapport du maire au Conseil municipal pour 1862 présente le compte administratif de l’exercice 1861, assorti d’un tableau rétrospectif des finances communales depuis 1854, puis d’une analyse détaillée des recettes et des dépenses. L’objectif affiché est double : assurer une publicité complète des opérations et démontrer la solidité durable des ressources de Constantine.
En introduction, le maire souligne qu’après huit exercices (1854-1861), malgré des années de guerre, de crise ou de disette, les revenus communaux ont montré une progression régulière. Selon le tableau récapitulatif, 1861 se clôt avec 769 011,12 F de recettes effectuées et un solde créditeur de 18 380,69 F, confirmant la stabilité financière de la ville.
Recettes (exercice 1861)
Les recettes sont réparties en trois chapitres : ordinaires, extraordinaires et supplémentaires.
-
Recettes ordinaires (713 286,03 F encaissés) : elles reposent principalement sur trois piliers jugés « capitaux » :
-
Droits d’abattage (177 269 F),
-
Droits de mesurage des grains (207 817,06 F, supérieurs aux prévisions),
-
Part communale de l’octroi de mer (142 459,55 F).
S’y ajoutent les droits de marchés (73 545 F), la taxe sur les loyers (reste à recouvrer important), concessions d’eau, loyers communaux, droits sanitaires, taxe sur les chiens, etc. Le maire insiste sur les retards de versement par l’État des parts de patentes et d’amendes de police, qui gonflent artificiellement les restes à recouvrer.
Sur l’octroi de mer, le rapport développe longuement une critique du mode de répartition : les indigènes ne comptent que pour 1/10e de leur effectif, ce qui défavorise Constantine, ville où l’élément indigène est majoritaire. Un tableau comparatif avec Philippeville et Bône montre que Constantine reçoit moins pour une population réelle bien plus élevée. Le maire renouvelle donc sa demande de réforme.
-
-
Recettes extraordinaires (1 222,25 F) : issues surtout d’aliénations liées à des alignements de voirie et de remboursements de frais de poursuite.
-
Recettes supplémentaires (54 502,84 F encaissés) : reports d’excédents antérieurs, régularisations de restes à recouvrer, vente d’une inscription de rente 4 ½ %, ventes de matériaux (baraquement de l’Oued-Bil-Bragtz), aliénations de parcelles et recettes accidentelles (balayage des marchés, etc.).
Après déduction du solde antérieur, les recettes nettes propres à 1861 s’élèvent à 750 958,26 F, niveau parmi les plus élevés, proche de 1859 (année où une subvention exceptionnelle avait compensé les pertes liées à l’octroi de mer).
Dépenses (exercice 1861)
Les dépenses sont classées en dépenses obligatoires ordinaires, puis par grandes fonctions :
-
Administration et perception : indemnité du maire, personnel et matériel de la mairie, frais d’état civil, remises du receveur municipal, services de perception des halles et abattoirs (avec économies grâce à une réorganisation).
-
Entretien des biens communaux, salubrité et voirie : entretien des bâtiments (adjudication triennale ayant généré des rabais), aqueducs et égouts (travaux neufs et entretien), fontaines, pavages et nivellements des rues, éclairage public (près de 49 000 F), nettoiement des rues, cimetières, dispensaire.
-
Milice et pompes à incendie : soldes, équipement et entretien des pompes.
-
Bienfaisance et secours : subvention au Bureau de Bienfaisance, remboursement de médicaments aux indigents, secours, et soutien à la Caisse d’épargne.
Le rapport mentionne aussi le recensement de 1861, qui révèle une croissance significative de la population (≈ 45 743 habitants au total), rendant plus urgente l’extension de l’enceinte urbaine.
Bilan général
Le maire conclut que 1861 confirme la prospérité structurelle de Constantine, mais que la ville reste pénalisée par la répartition de l’octroi de mer. La soutenabilité de ses finances repose sur des recettes bien assises, mais aussi sur un effort constant d’investissement dans l’eau, la voirie, l’hygiène et les équipements publics.
