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L’Antisémitisme Algérien

Trumelet C (colonel)
publié en 1899

Le document est constitué d’une préface de Gérault-Richard et du long discours prononcé par Gustave Rouanet à la Chambre des députés contre l’antisémitisme algérien. La préface situe le débat comme un affrontement entre deux lectures de la « question sociale » : les antisémites imputent aux Juifs l’ensemble des maux économiques et prônent spoliation et violence, tandis que les socialistes, selon Gérault-Richard, voient dans le capitalisme — et non dans les Juifs — la source de l’exploitation du prolétariat. L’antisémitisme est présenté comme une démagogie conservatrice, compatible avec l’ordre capitaliste et instrumentalisée par des royalistes, des milieux cléricaux et des agitateurs.

Dans son discours, Rouanet pose d’emblée la question comme à la fois républicaine et socialiste : il dénonce un « régime de terreur » exercé en Algérie contre les Juifs, qu’il considère comme une violation des principes de droit et d’égalité. Il conteste méthodiquement les arguments des députés antijuifs, en particulier ceux qui réclament l’abrogation du décret Crémieux de 1870 ayant accordé la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie. Il retrace l’origine de ce décret, montre qu’il fut demandé par des instances administratives et commerciales françaises, et soutient qu’il correspondait à une évolution économique et civique réelle des Juifs algériens.

Rouanet réfute ensuite les accusations de « lâcheté » ou de manque de patriotisme des Juifs en 1870-1871, en citant des témoignages militaires et des exemples de Juifs engagés dans la défense de la France. Il nie également que la naturalisation des Juifs ait été une cause de l’insurrection arabe de 1871, en s’appuyant sur des avis de notables arabes et d’administrateurs.

Une large partie du discours analyse les causes de l’antisémitisme algérien : Rouanet estime qu’il s’est radicalisé dans les années 1890 en raison d’une transformation du « milieu » algérien, marqué par une forte immigration espagnole, italienne et maltaise, par un clergé en partie étranger, et par une éducation locale jugée insuffisamment « française ». Selon lui, cette situation aurait favorisé l’importation de traditions antijuives et un affaiblissement des références républicaines.

Il dénonce enfin l’exploitation politique de ces passions par les leaders antisémites (notamment Drumont et ses alliés), l’usage d’une propagande violente, et la publication de textes qu’il qualifie de barbares. Sa conclusion est normative : l’État doit rompre avec la passivité, protéger les Juifs d’Algérie, maintenir le décret Crémieux et défendre les principes républicains contre ce qu’il décrit comme une dérive de sauvagerie collective.