Aperçu sur les Israélites algériens et sur la communauté d'Alger
HANOUNE J.
L’ouvrage vise à présenter, dans une perspective historique et descriptive, l’évolution des Israélites d’Algérie et plus particulièrement celle de la communauté d’Alger. Après une préface du Grand Rabbin L. Fridman qui souligne l’utilité civique et morale de ce travail, le livre est structuré en plusieurs chapitres mêlant histoire, institutions et vie sociale.
Le premier chapitre retrace les origines de la présence juive à Alger. Il rappelle l’existence d’une petite communauté dès le XIIIᵉ siècle (Juifs majorquins venus des Baléares), puis l’arrivée massive de Juifs espagnols après 1391, fuyant les persécutions. En 1492, des Juifs expulsés d’Espagne s’installent à Alger, où ils sont accueillis par les populations indigènes mais affrontent l’hostilité des Espagnols. L’auteur distingue les « Juifs indigènes » (arabophones, coiffés du turban) et les « Juifs étrangers » ou « Juifs franco », placés sous la protection du Consulat de France et vivant dans un quartier spécifique de la Basse-Ville (la Hara).
Le deuxième chapitre est consacré aux figures religieuses fondatrices de la communauté. Il met en avant les rabbins espagnols Ribach et Rachbas, leurs vies, leurs écrits et leur influence doctrinale. Hanoune décrit la constitution d’une tradition intellectuelle locale (commentaires talmudiques, responsa, calendriers religieux), l’édification de cimetières et de lieux de mémoire, ainsi que des pratiques de pèlerinage annuelles financées par la communauté.
Le troisième chapitre traite de la condition sociale et morale des Juifs avant la conquête française. Il décrit un régime de tolérance précaire sous la Régence d’Alger : humiliations rituelles, contraintes vestimentaires, corvées publiques, impôts spécifiques, et épisodes de violences ponctuelles (destructions de synagogues, exactions, enlèvements). Malgré ces contraintes, les Juifs occupent des fonctions économiques importantes (commerce, import-export, courtage, artisanat spécialisé, finances), servent parfois d’intermédiaires avec l’Europe, et sont placés sous l’autorité de leurs propres rabbins pour les affaires internes.
L’ensemble du livre articule ainsi trois axes : la profondeur historique de l’implantation juive en Algérie, la structuration progressive de la communauté d’Alger autour de ses institutions religieuses, et la position ambivalente des Juifs dans la société précoloniale — à la fois vulnérables juridiquement et indispensables économiquement.
