Aperçu historique, statistique et topographique sur l'état d'Alger, à l'usage de l'armée expéditionnaire d'Afrique
BOUTIN
L’ouvrage se présente comme une monographie exhaustive de la Régence d’Alger, articulée en trois grands registres : historique, militaire et statistique.
La première partie retrace, avec un grand souci de chronologie, les rapports conflictuels entre Alger et les puissances européennes depuis le XVIᵉ siècle. Boutin consacre de longs développements aux expéditions de Charles-Quint contre Tunis (1535) puis contre Alger (1541), qu’il reconstruit jour par jour à partir des sources, en insistant sur le rôle décisif des tempêtes, des erreurs de commandement et des difficultés logistiques. Il analyse ensuite les bombardements français d’Alger sous Louis XIV (Duquesne, Tourville, d’Estrées, 1663-1688), puis l’expédition anglo-hollandaise de Lord Exmouth (1816) motivée par la question de l’esclavage des chrétiens. L’auteur en conclut qu’aucune de ces opérations n’a été véritablement « décisive » contre Alger.
Une deuxième partie, à visée militaire et géographique, décrit précisément le territoire de la Régence : limites (Méditerranée, Maroc, Tunisie, Sahara), étendue, reliefs, ports et mouillages, en soulignant l’insuffisance des données cartographiques disponibles et l’intérêt scientifique des relevés effectués par les ingénieurs de l’expédition française.
La troisième partie est statistique et descriptive. Boutin examine l’organisation matérielle de l’État d’Alger : approvisionnement en grains, magasins publics, finances, munitions, et capacités militaires. Il décrit l’instruction publique coranique, l’état des arts mécaniques, les productions locales (tissage, tannerie, coutellerie kabyle), et les habitudes de consommation.
Un chapitre important est consacré au commerce : exportations (céréales, huile, cire, miel, cuirs, laines, bétail, tabac, fruits, plumes d’autruche) et importations (draps, quincaillerie, métaux, outils, épices, café, alun, matériaux navals). Boutin montre la dépendance d’Alger vis-à-vis de l’Europe, surtout de la France, pour les produits manufacturés et les munitions.
L’ouvrage se clôt par un appendice rappelant les griefs français contre la Régence en 1830 (entraves aux anciennes concessions françaises, instabilité des relations, corsairerie), présentés comme des causes légitimes de l’expédition d’Afrique.
