Le parler arabe des juifs d'Alger
COOHEN Marcel
L’ouvrage se présente comme une étude linguistique systématique consacrée au dialecte arabe parlé par les Juifs d’Alger. Dans une longue préface méthodologique, Marcel Cohen expose son projet : constituer une description précise et scientifique d’un parler local jusqu’alors mal connu, en s’appuyant sur des enquêtes de terrain, des transcriptions phonétiques rigoureuses et des comparaisons avec d’autres dialectes arabes maghrébins.
L’auteur insiste sur l’intérêt théorique de ce parler pour la linguistique sémitique et dialectologique. Il souligne que l’arabe d’Alger ne peut être compris sans tenir compte de l’histoire des populations juives de la ville, marquée par des migrations anciennes (Espagne, Méditerranée occidentale) et par des contacts prolongés avec l’arabe musulman, le berbère, l’espagnol, puis le français après 1830. Il montre que le dialecte juif d’Alger est à la fois très proche de l’arabe musulman de la ville et porteur de traits spécifiques.
Une large partie du livre est consacrée à la phonétique et à la transcription : Cohen détaille les signes utilisés, justifie ses choix de notation, analyse les voyelles, les consonnes emphatiques, l’accentuation et les phénomènes d’assimilation. Il cherche à fournir un outil fiable pour d’autres chercheurs, tout en rendant compte des variations internes au parler (selon l’âge, le quartier, le degré d’arabisation ou de francisation).
L’Introduction propose ensuite une vaste synthèse historique sur les Juifs d’Alger : origines médiévales (Majorque, Espagne), arrivées successives après 1391 et 1492, implantation durable à Alger, rapports avec les autorités ottomanes, puis transformations sociales et linguistiques après la conquête française. Cohen montre comment l’adoption progressive du français au XIXᵉ siècle modifie les usages linguistiques, sans faire disparaître l’arabe, qui reste central dans la vie quotidienne et religieuse.
Sur le plan sociolinguistique, l’auteur distingue plusieurs cercles : arabophones exclusifs, bilingues arabe-français, et francophones plus récents. Il analyse les emprunts lexicaux (espagnols, turcs, français), les particularités morphologiques et syntaxiques du dialecte, et son rôle identitaire au sein de la communauté.
Le livre se conclut par une bibliographie abondante, une liste détaillée des signes phonétiques employés, et des corrections, témoignant d’une ambition à la fois descriptive et comparative : fixer scientifiquement le parler des Juifs d’Alger et l’inscrire dans l’étude générale des dialectes arabes du Maghreb.
