Relation de la captivité et liberté du sieur Aranda jadis esclave à Alger
Le texte est une relation autobiographique où Emanuel d’Aranda raconte, dans un style simple et direct, son voyage, sa capture par des corsaires turcs et sa vie d’esclave à Alger, avant sa libération. Dans la préface, l’auteur précise qu’il n’écrit ni une histoire ni un roman, mais un récit « naïf et véritable » destiné à édifier le lecteur par l’expérience vécue plutôt que par l’érudition.
Le récit commence en 1640, au moment où Aranda quitte Madrid pour regagner la Flandre par mer. Son navire anglais est surpris au large par trois bâtiments corsaires d’Alger. Après une brève hésitation du capitaine, l’équipage se rend ; Aranda et ses compagnons sont faits prisonniers et conduits vers Alger.
À l’arrivée, les captifs sont présentés au Bacha, puis vendus au marché des esclaves. Aranda décrit avec précision les procédures de vente, l’examen des corps, les enchères, puis son rachat par le général turc Ali Pegelin, qui l’envoie au « Bain », vaste lieu de détention des esclaves chrétiens, organisé comme une caserne et un espace de sociabilité forcée.
Une grande partie du livre détaille la vie quotidienne des esclaves : travail exténuant (manutention du blé, fabrication de cordes, travaux agricoles, portage), rations insuffisantes, coups des gardiens, maladies, mais aussi entraide entre captifs de différentes nations (Flamands, Français, Espagnols, Russes). Aranda observe le mélange de langues, les pratiques religieuses musulmanes, et les superstitions maritimes des Turcs lors du passage du détroit de Gibraltar.
Il décrit également les stratégies de survie : petits métiers, prêts d’argent, échanges, et tentatives de négociation pour la rançon. Les scènes de taverne du Bain, les querelles entre esclaves, et la présence d’esclaves femmes complètent le tableau social.
Le récit alterne constamment entre souffrance personnelle, épisodes dramatiques (violences, humiliations, épuisement physique) et moments de solidarité chrétienne. Il s’achève par l’espoir persistant de rachat et par l’idée que la nécessité engendre l’ingéniosité et la diligence.
L’ensemble vise à la fois à témoigner des réalités de la captivité à Alger au XVIIᵉ siècle et à montrer, sur un plan moral, la valeur de la patience, de l’amitié et de la foi face à l’adversité
