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L'Algérie et l'assimilation des indigènes musulmans.

PASSOLS (capitaine)
publié en 1903

L’ouvrage part d’un double constat : la France manque d’hommes pour son armée et l’Algérie dispose d’un réservoir démographique considérable d’« indigènes musulmans ». Passols soutient que l’application de la conscription aux Algériens musulmans est à la fois utile militairement et le meilleur instrument d’assimilation progressive, à condition d’être menée avec prudence.

Il commence par dresser un tableau ethnographique et démographique de l’Algérie (recensement de 1901) montrant une population très majoritairement musulmane et profondément hétérogène (Français, naturalisés, Israélites, Européens, Arabes, Kabyles, M’Zabites). Selon lui, cette mosaïque explique l’échec des politiques d’assimilation menées jusque-là.

Une large partie du livre analyse les obstacles culturels et religieux à l’assimilation. Passols considère le Coran comme le principal frein, décrivant l’islam comme un système global (religieux, juridique et politique) rendant les musulmans « réfractaires » aux innovations européennes. Il juge illusoire toute conversion au christianisme (échec de Lavigerie) et estime que l’assimilation doit donc être non religieuse.

Il distingue ensuite deux grandes familles musulmanes :

  • les Kabyles (Berbères) : sédentaires, travailleurs, monogames, plus « assimilables » par l’intérêt matériel et le contact économique ;

  • les Arabes : nomades, polygames, plus difficiles à fixer et à transformer, mais excellents cavaliers.

Passols défend alors sa thèse centrale : le service militaire obligatoire doit devenir l’outil principal d’assimilation. L’armée, « grande école du devoir », habituerait les indigènes à la discipline, aux mœurs françaises et à la confiance réciproque, tout en brisant les préjugés anti-européens.

Il retrace ensuite l’histoire des troupes indigènes (spahis, tirailleurs, goums), montrant qu’elles ont été décisives dans la conquête et qu’elles constituent des soldats d’élite, endurants et courageux. Cette excellence militaire justifie, selon lui, une politique d’intégration par le service.

En contrepartie de la conscription, il propose des compensations graduées :

  • une « naturalisation au premier degré » (droits civils sans droits politiques), compatible avec le maintien du statut personnel musulman ;

  • l’accès élargi aux grades militaires et à certains emplois administratifs pour ceux ayant accompli trois ans de service ;

  • la possibilité d’une naturalisation pleine seulement pour ceux acceptant le droit français.

Enfin, Passols met en garde contre les réformes trop brusques (ex. propriété foncière individuelle), qui ont souvent nui aux indigènes, et plaide pour une transformation lente, encadrée et utilitariste.

Au total, le livre est à la fois un plaidoyer pour la conscription indigène, une réflexion coloniale sur l’assimilation et un projet de compromis entre domination française, efficacité militaire et adaptation aux réalités sociales de l’Algérie.