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Au soleil

Maupassant Guy
publié en 1902

Au Soleil est à la fois un récit de voyage, une chronique coloniale et une méditation pessimiste sur l’existence, structurée autour du déplacement de l’auteur de Paris vers l’Algérie et vers le Sud saharien.

Le livre s’ouvre sur une réflexion existentielle : Maupassant décrit l’ennui, la répétition des gestes quotidiens, le sentiment d’enfermement dans la vie moderne et le désir de fuite. Le voyage apparaît comme une « porte » permettant de sortir de la réalité familière vers l’inconnu. Attiré par l’Afrique et par le désert, il quitte Paris le 6 juillet 1881, en pleine chaleur estivale, au moment de l’insurrection liée à Bou-Amama.

La première grande séquence est consacrée à la traversée et à Alger. Maupassant décrit Marseille, l’embarquement, la mer nocturne, puis l’apparition d’Alger, qu’il peint comme une « féerie blanche » étagée entre port européen et casbah arabe. Il observe la foule indigène, les cireurs de bottes, la misère, la violence sociale et une forme de « hiérarchie brutale » entre indigènes. Il porte un jugement critique sur la colonisation : le quartier européen lui paraît mal adapté au pays, symbole d’un progrès « maladroit » et d’une civilisation importée sans compréhension des lieux.

La deuxième partie conduit le lecteur vers la province d’Oran et les hauts plateaux. En train, Maupassant traverse la Mitidja, puis la vallée du Chélif, avant d’atteindre Oran et Saïda. Il insiste sur la chaleur écrasante, l’aridité des paysages, la solitude des douars, les colons européens isolés et les campements militaires. Un épisode marquant est la rencontre avec une vieille colon Alsacienne ruinée par la sécheresse, symbole des illusions coloniales.

La troisième partie traite de l’expédition vers le Sud et la guerre. Maupassant accompagne un train de ravitaillement, décrit le sirocco, les chotts, les postes militaires précaires, les charognes et le mirage. Il restitue ensuite, de façon critique et souvent ironique, la campagne contre Bou-Amama : désordre des dépêches, erreurs militaires, massacres d’Espagnols, témoignages de prisonniers, et caractère insaisissable du chef rebelle. Il suggère que l’insurrection est liée à la misère provoquée par la colonisation et à la présence brutale des alfatiers espagnols.

L’ensemble articule ainsi trois niveaux : un journal de voyage sensible aux paysages, une enquête sur la réalité coloniale (misère indigène, échecs des colons, violence militaire) et une réflexion morale sur l’illusion du progrès et la fragilité humaine sous le « règne » impitoyable du soleil africain.