De la nécessité de coloniser le cap Matifou
BERBRUGGER Alain
Le texte poursuit un objectif unique et explicite : démontrer qu’il est nécessaire et urgent de coloniser le Cap Matifou, situé à l’est d’Alger, sur l’emplacement de l’ancienne ville romaine de Rusgunia.
Berbrugger commence par une longue partie descriptive, indispensable selon lui pour fonder ses conclusions. Il situe précisément Matifou entre la baie d’Alger et le golfe de Bengut, décrit les voies d’accès (par mer et par terre), les cours d’eau (Hamise, Bourïa, Régaïa), le relief (Sahel, Mondrain) et les deux ensembles qu’il nomme plaine de Matifou et plaine de Bengut. Il insiste sur l’isolement naturel du site et sur l’abondance des vestiges antiques.
Une large place est accordée à l’archéologie de Rusgunia : remparts, voies dallées, égouts, aqueduc, puits, nécropole, carrières de Maherzat, fontaines romaines (Aïn-Gattar), et traces d’un ancien mouillage. Il décrit aussi le fort turc (Bordj-Tament-Fouce), ses citernes, son plan octogonal et son état d’abandon. L’ensemble vise à montrer que les Romains avaient choisi ce site pour des raisons solides (eau, port, position).
La seconde partie développe les arguments en faveur de la colonisation :
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Militaires : Matifou est stratégique pour la défense d’Alger ; s’il avait été fortifié en 1541, Charles Quint n’aurait pu s’y replier.
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Urbains et démographiques : Alger est saturée ; il faut des débouchés pour l’immigration européenne. La proximité (≈ 12 km par mer) rend Matifou naturel comme extension.
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Économiques et agricoles : sol fertile, bois abondant, eau récupérable par réparation des ouvrages romains, rivières utilisables pour moulins et irrigation, excellents matériaux de construction (carrières).
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Sanitaires : le site est jugé très salubre, protégé des miasmes de la Mitidja par le Sahel.
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D’agrément : le lieu pourrait devenir un espace de villégiature pour Alger (« Versailles et Saint-Cloud »).
Berbrugger propose une double vocation : village maritime (avec amélioration du mouillage) et centre agricole, tout en suggérant d’implanter la nouvelle ville sur l’emplacement même de Rusgunia pour utiliser les ruines et faciliter d’éventuelles découvertes archéologiques.
Le mémoire se clôt par un plaidoyer final : ce qui était imprudent en 1837 est devenu possible en 1845 ; ne pas coloniser Matifou serait désormais « presque honteux ». Il appelle l’administration, l’armée, l’Église (pour la basilique de Rusgunia) et les colons à s’unir pour faire renaître une ville française sur les fondations de la cité romaine.
