Ibn Thofaïl. Sa vie ses oeuvres.
GAUTHIER Léon
L’étude de Léon Gauthier est une monographie historique et philosophique consacrée à Abû Bakr Muhammad ibn ʿAbd al-Malik Ibn Thofaïl (vers 1105-1185), philosophe andalou, médecin et haut dignitaire almohade. L’auteur commence par établir l’état des sources : les informations biographiques sont rares, dispersées et souvent tardives, ce qui oblige à une reconstruction critique à partir de chroniques arabes (Ibn Khallikân, Ibn Abî Zerʿ, al-Marrâkushî, al-Makkarî).
La première partie reconstitue sa vie. Ibn Thofaïl est né à Wâdî Âsh (Guadix), dans la région de Grenade, dans une famille liée à la tribu de Qaïs. On ignore sa formation précise, mais son style et son érudition supposent des études solides, probablement à Séville et Cordoue ; il n’a pas été l’élève direct d’Ibn Bâjja, même s’il en subit l’influence. Il enseigne la médecine à Grenade, puis entre dans l’administration almohade : secrétaire provincial, puis proche du pouvoir central. Sous le sultan Aboû Yaʿqûb Yûsuf, il devient premier médecin du souverain et probablement vizir (le point reste discuté), occupant une position de très grande proximité intellectuelle et politique avec le khalife.
Un passage central du livre analyse deux entrevues célèbres entre Ibn Thofaïl, le khalife et le jeune Ibn Rushd (Averroès), rapportées par al-Marrâkushî. Gauthier en établit la date probable (première moitié de 1169). Lors de la première, le souverain interroge Ibn Rushd sur l’éternité du monde ; lors de la seconde, Ibn Thofaïl l’encourage explicitement à commenter Aristote, s’excusant lui-même de son grand âge et de ses charges. Gauthier montre que ce rôle de « Mécène intellectuel » est décisif : sans Ibn Thofaïl, les grands Commentaires d’Averroès n’auraient probablement pas vu le jour sous cette forme.
L’ouvrage souligne aussi la double dimension d’Ibn Thofaïl : homme d’État et philosophe. Il apparaît comme un conseiller influent, protecteur des savants, et comme une figure charnière entre la tradition philosophique andalouse (Ibn Bâjja) et Averroès. Gauthier insiste enfin sur l’importance historique de son roman philosophique Hayy ibn Yaqzân, qui illustre une voie de connaissance naturelle menant à Dieu sans médiation sociale ou religieuse.
En conclusion, Gauthier présente Ibn Thofaïl comme un pivot de la philosophie islamique occidentale : moins systématique qu’Averroès, mais plus déterminant qu’o
