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La guerre de montagne. La Kabylie.

DUCUIN Fr.
publié en 1868

Ce document correspond à l'extraction du livre II consacré à la Kabylie de l'oeuvre de DUCUIN.

L’ouvrage se présente comme un recueil d’études historiques et militaires rédigées à partir de notes prises par l’auteur « sur le terrain » auprès d’acteurs des campagnes de Navarre et de Kabylie. Dans l’Avant-propos, Ducuing explique qu’il rassemble des articles dispersés publiés dans la Revue des Deux Mondes en 1851, afin de fixer par écrit l’expérience d’une guerre nouvelle : la guerre de montagne. Il insiste sur son admiration pour le maréchal Bugeaud, dont il revendique l’influence doctrinale. L’Avant-propos mêle souvenirs personnels (rencontres avec Bugeaud, anecdotes sur son caractère et sa mort) et réflexions générales sur l’évolution de l’art militaire : progrès de l’artillerie et du fusil, importance de la mobilité, nécessité de petites colonnes autonomes plutôt que de masses compactes.

La seconde partie, intitulée « La Kabylie 1841-47 – Le maréchal Bugeaud », pose d’abord un cadre général : la guerre d’Afrique a connu deux phases, l’une d’occupation progressive après 1830, l’autre — la plus décisive — marquée par la conquête de l’intérieur sous Bugeaud. Ducuing cherche à montrer que la Kabylie impose des contraintes spécifiques qui définissent la guerre de montagne.

Il décrit la nature du pays : relief accidenté, rareté des ressources, climat rude, dispersion des villages et absence de routes. Ces conditions rendent toute campagne éprouvante : rations insuffisantes, soif, fatigue extrême, maladies des hommes et des bêtes. Le soldat français doit marcher léger, vivre d’expédients et accepter l’incertitude permanente.

L’auteur analyse ensuite le mode de guerre kabyle. Les tribus pratiquent une guérilla mobile : embuscades, attaques éclair, dispersion immédiate, refus de la bataille rangée. L’ennemi est « insaisissable », se cache dans les ravins, simule des retraites, tend des pièges, et évite toute confrontation directe prolongée. Les Kabyles utilisent parfaitement le terrain, se fondent dans le paysage et exploitent la nuit et la confusion.

Face à cela, Ducuing présente la méthode de Bugeaud comme adaptée : colonnes légères, marches rapides, encerclements, destruction ciblée des silos à grains (comme moyen de pression), combinaison de force et de négociation, et usage d’auxiliaires indigènes. Il souligne le rôle central de la logistique (mulets, convois, ravitaillement) et de la discipline, chaque négligence pouvant être fatale.

Le récit culmine avec l’approche du foyer de l’insurrection, où l’auteur décrit la tension extrême des troupes, la fatigue, la chaleur ou la pluie, et l’impossibilité de bivouaquer en sécurité. La guerre apparaît comme une épreuve totale — physique, morale et stratégique — qui exige sang-froid, initiative et adaptation constante.

Dans l’ensemble, Ducuing propose moins une chronique événementielle qu’une réflexion sur la guerre de montagne, présentée comme une forme de combat moderne où la géographie, la logistique et l’intelligence du terrain priment sur le simple nombre des hommes.