Inauguration du buste de M. le Docteur Baudens
Bertherand E. L. (chirurgien militaire, fondateur de l'Ecole de médecine d'Alger)
Discours prononcé le 14 mai 1880, lors de l'inauguration du buste du Docteur Baudens, médecin inspecteur du Service de santé des armées, ancien chirurgien en chef des ambulances de l'Armée d'Afrique.
Le discours de Bertherand est à la fois un éloge, une biographie professionnelle et une leçon de médecine militaire. Il s’ouvre sur une réflexion sur l’Académie militaire d’Alger, présentée comme une communauté morale autant que scientifique, liée aux valeurs d’honneur et de sacrifice de l’armée. Évoquer Baudens, selon l’orateur, revient à défendre l’honneur du Corps de santé militaire et à offrir un exemple aux jeunes médecins.
Une première partie retrace la carrière de Baudens (1804–1870) : formation à Strasbourg puis au Val-de-Grâce, participation à l’expédition de 1830 et à presque toutes les campagnes d’Afrique, enseignement à l’hôpital d’Alger, publication d’un traité sur les plaies d’armes à feu, puis fonctions de chirurgien en chef à Lille et d’inspecteur du service de santé. Il sert ensuite en Orient (Crimée), où son énergie s’épuise face aux épidémies ; il meurt peu après son retour en France.
La seconde partie présente Baudens comme grand chirurgien de guerre. Bertherand détaille ses innovations : techniques simples et ingénieuses (ablation des ganglions et des amygdales, drainage des hydropisies, extraction de corps étrangers de l’œsophage), la « boîte de Baudens » pour fractures, usage systématique du froid et de la glace, procédés conservateurs privilégiant les résections aux amputations, amélioration des amputations et des traitements des plaies thoraciques et intestinales, et promotion du coton cardé au lieu de la charpie. Il insiste sur son dévouement aux blessés et son ingéniosité logistique en campagne (chemises, brancards, lits improvisés, cacolets).
La troisième partie montre Baudens comme hygiéniste militaire : choix des emplacements de camps, aération des tentes, amélioration du couchage, vêtements adaptés, propreté, meilleure alimentation (pain biscuité, viande de cheval, bouillon d’os, choucroute contre le scorbut), et organisation rationnelle des cuisines. En Crimée, il critique l’implantation des hôpitaux et plaide pour l’enseignement de l’hygiène aux officiers. En Algérie, il recommande une commission pour encadrer défrichements, campements et sites de colonisation afin d’éviter les foyers épidémiques.
Le discours se conclut par un hommage solennel : Baudens est présenté comme l’une des grandes figures de la chirurgie militaire du XIXᵉ siècle, digne que son nom soit donné à un centre de population en Algérie ; ses trois fils sont évoqués comme héritiers de son patriotisme.
