HISTOIRE DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE (BERBÉRIE) DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU’À LA CONQUÊTE FRANÇAISE. Tome 1
MERCIER Ernest
Mercier présente son ouvrage comme une histoire d’ensemble de la Berbérie (Afrique septentrionale, hors Égypte), de l’Antiquité la plus reculée jusqu’à 1830, englobant l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, car l’histoire du « peuple berbère » déborde nécessairement les frontières modernes. Dans la Préface, il rappelle son long séjour en Algérie, l’insuffisance initiale des sources, puis l’essor des études orientalistes, archéologiques et locales (Ibn Khaldoun, de Slane, sociétés savantes d’Alger et Constantine). Il revendique une méthode de manuel par paragraphes, sèche mais claire, permettant de suivre simultanément des faits contemporains dans des espaces différents, en retenant seulement les faits probables et en écartant les traditions douteuses. Il distingue deux faits majeurs souvent confondus : la conquête arabe du VIIe siècle (militaire et limitée) et l’immigration hilalienne du XIe siècle, processus lent ayant surtout entraîné l’arabisation linguistique et culturelle.
L’Introduction offre une description physique et géographique systématique de la Berbérie : limites (de l’Égypte à l’Atlantique, de la Méditerranée au Sahara), tracé des côtes, grands ensembles (Tell fertile, Hauts Plateaux, région des oasis dactylifères, Sahara), orographie (Aourès, Djebel-Amour, Djurdjura, Grand Atlas), principaux fleuves méditerranéens et atlantiques, lacs et chotts, et caps du littoral. Mercier rappelle ensuite les divisions géographiques des Anciens (Cyrénaïque, Tripolitaine, Afrique proconsulaire, Numidie, Maurétanies, Gétulie, Libye déserte) puis celles des Arabes (Barka, Ifrîqiya, Maghreb central, Maghreb extrême, Sahara).
La partie Ethnographie traite de l’origine du peuple berbère. Mercier passe en revue les traditions antiques (Salluste, Procope, Maïmonide) et arabes (Ibn Khaldoun) évoquant des migrations venues d’Asie, ainsi que l’hypothèse d’influences européennes anciennes (dolmens, « hommes blonds » des sources égyptiennes). Il refuse cependant toute origine « purement sémitique » ou « purement aryenne » : pour lui, la Berbérie repose sur un substrat autochtone libyque (berbère), sur lequel se sont greffées des influences extérieures successives. Les conquêtes (phéniciennes, romaines, arabes, hilaliennes) ont modifié langue et mœurs, mais n’ont pas remplacé la race indigène, qui a plutôt absorbé ses conquérants.
Enfin, Mercier annonce une histoire structurée en périodes (phénicienne, romaine, vandale, byzantine, arabe, etc.), accompagnée de cartes et d’index, destinée non seulement aux érudits mais au « public français et algérien ».
L’ouvrage se présente ainsi comme une synthèse savante et méthodique : géographiquement large, ethnographiquement prudente, et orientée par une thèse forte sur la continuité du peuple berbère à travers les ruptures politiques et religieuses.
