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HISTOIRE DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE (BERBÉRIE) DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU’À LA CONQUÊTE FRANÇAISE (1830). Tome 2

MERCIER Ernest
publié en 1868

Mercier ouvre le volume par un vaste tableau d’ensemble de l’Afrique du Nord vers 1045, destiné à montrer qu’à la veille de l’invasion hilalienne la Berbérie est politiquement morcelée et ethnographiquement instable. Il passe en revue province par province (Barka-Tripolitaine, Tunisie, Constantine, Maghreb central, Maghreb extrême, Sahara) les rapports de force entre tribus berbères (Sanhadja, Zenètes, Ketama, Houara, Louata, Masmouda, etc.), soulignant l’affaiblissement général des anciennes populations autochtones et la montée de nouveaux groupes venus du Sud. Parallèlement, il décrit la décomposition politique de la Sicile musulmane et celle d’al-Andalus, où une multitude de petites taïfas se disputent le pouvoir, prélude à l’intervention chrétienne.

Le cœur du tome est le récit de l’invasion arabe hilalienne (à partir de 1049-1051). Après avoir présenté en détail la composition des tribus de Hilal et de Soleïm (Athbedj, Djochem, Riah, Zorba, Makil, Adi, puis les fractions des Soleïm), Mercier explique leur transfert d’Arabie vers la Haute-Égypte, puis leur lancement en Berbérie par le vizir fatimide al-Yazūrī, comme vengeance contre le Ziride al-Muʿizz qui avait répudié l’autorité fatimide pour se rallier aux Abbassides sunnites.

Les Hilaliens franchissent la Cyrénaïque, ravagent Barka et la Tripolitaine, puis pénètrent en Ifrīqiya. Al-Muʿizz tente d’abord de s’allier à eux contre les Hammadites, puis, dépassé, les affronte. Il est battu à Haïderane (vers 1053) malgré une armée berbère numériquement supérieure. Suit le pillage de la Tunisie et de Kairouan (1056) et un premier partage territorial : Riah et Djochem au centre, Zorba vers Gabès, Athbedj sur les pentes de l’Aurès et le Zab, Makil vers l’Ouest, Soleïm fixés en Tripolitaine et Barka. L’anarchie favorise l’installation arabe et fragilise durablement les pouvoirs berbères.

Mercier suit ensuite la résistance hammadite sous Bologguine, ses succès ponctuels puis l’avance continue des Arabes dans les Hauts Plateaux malgré des coalitions zenètes. En marge de l’Afrique, il retrace les succès normands en Italie et en Sicile (Robert Guiscard, Roger) et la poursuite des luttes internes musulmanes.

Enfin, il introduit la naissance du mouvement almoravide dans le Sahara avec Ibn Yāsīn : réforme religieuse rigoriste chez les Sanhadja voilés (Lemtouna), création d’un ribāṭ, discipline puritaine, puis militarisation du mouvement. Les Almoravides commencent leurs conquêtes dans le Sahara et le Draâ, préparant l’expansion qui marquera la suite du récit.

L’ensemble du tome montre comment la rupture fatimide-ziride, l’immigration hilalienne et la montée almoravide recomposent durablement la carte politique et ethnique du Maghreb, tout en s’inscrivant dans un espace méditerranéen en pleine transformation.