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HISTOIRE DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE (BERBÉRIE) DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU’À LA CONQUÊTE FRANÇAISE (1830). Tome 3

MERCIER Ernest
publié en 1868

Mercier ouvre le tome par un vaste tableau de l’Afrique septentrionale au début du XVIᵉ siècle, qu’il présente comme une période de désagrégation politique et d’anarchie. Les grands empires berbères (Almoravides, Almohades, Mérinides, Abd-el-Ouadites, Hafsides) sont à bout de souffle : leurs derniers souverains sont faibles, divisés, parfois vassalisés par l’Espagne. L’ancienne unité berbère s’est morcelée, notamment sous l’effet lointain de l’immigration hilalienne, donnant naissance à des populations « hybrides ». Partout apparaissent de petites royautés et une féodalité indigène (Touggourt, Koukou, Kalâa des Beni-Abbès), tandis que les marabouts et confréries religieuses prennent une influence croissante dans les campagnes.

Sur le littoral, l’auteur décrit l’avance des Espagnols et des Portugais (Oran, Bougie, Tripoli, ports marocains), qui semblent sur le point de dominer la côte. Pourtant, cette dynamique est interrompue par l’essor de l’Empire ottoman, alors en phase ascendante après la prise de Constantinople (1453) et les conquêtes de Selim I. Parallèlement, au Maroc, émergent les chérifs saadiens et hassaniens, d’origine religieuse, qui mobilisent les populations du Sous contre les Portugais et préparent la chute des Mérinides.

Mercier passe ensuite en revue chaque région :

  • Tripolitaine : autonomie communale, puis prise espagnole de Tripoli (1510).

  • Tunisie : pouvoir hafside réduit à Tunis ; l’intérieur dominé par des tribus arabes (Chabbïa, Oulad-Saïd).

  • Province de Constantine : Bougie aux mains espagnoles, Djidjeli tenue par des corsaires turcs ; fragmentation tribale (Henanecha, Nemamcha, Harakta), Kabylie indépendante, et dynastie des Ben-Djellab à Touggourt.

  • Province d’Alger : présence espagnole au Peñon ; montée en puissance des Thâaleba dans la Mitidja ; royautés kabyles à Koukou et à la Kalâa des Beni-Abbès.

  • Oran et Tlemcen : vassalisation humiliante du souverain zeyanide à l’Espagne et déclin économique.

  • Maroc : quasi-impuissance mérinide face aux Portugais et ascension des Saadiens.

Le chapitre suivant décrit le début de l’établissement de l’autorité turque (1515-1530). Appelé par les Algérois, Aroudj Barberousse s’empare de Cherchel puis d’Alger, où il fait tuer le cheikh Salem-el-Toumi et se proclame maître. Il repousse une expédition espagnole (Diego de Vera), conquiert Tenès et étend son pouvoir vers l’ouest. Intervenant dans les luttes dynastiques de Tlemcen, il y est d’abord accueilli en libérateur, puis instaure une terreur sanglante et élimine les Zeyanides. Les Espagnols répliquent : prise de la Kalâa des Beni-Rached, fuite et mort d’Aroudj (1518). Son frère Khéïr-ed-Dine se place ensuite sous la suzeraineté ottomane, reprend Alger, élimine ses rivaux kabyles (Ben-el-Kadi), et consolide la présence turque.

Le tome se clôt par une réflexion sur le rôle des Turcs : malgré des méthodes jugées dures, ils auraient sauvé pour trois siècles la Berbérie de la domination chrétienne en rétablissant un minimum d’ordre administratif. Mercier termine enfin par un tableau du renouveau religieux et intellectuel (diffusion du malikisme, essor du soufisme, confréries des Khouan, figures comme Sidi Abd-er-Rahmane et Senoussi), montrant comment la recomposition spirituelle accompagne la recomposition politique du Maghreb.